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Tout ce qu’Ottawa cache sur l’entente Netflix

Le gouvernement Trudeau n’a partagé que très peu d’informations concernant le géant américain

Tout ce qu’Ottawa cache sur l’entente Netflix
AFP

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OTTAWA | Le fédéral maintient dans le secret les négociations avec Netflix qui ont mené à leur entente controversée, ragent l’opposition et des observateurs.

Jean-Hugues Roy, professeur
Photo courtoisie
Jean-Hugues Roy, professeur

Ottawa refuse de dévoiler presque la totalité des courriels que ses fonctionnaires ont échangés avec le géant du divertissement américain dans les mois qui ont précédé l’annonce de l’accord qui soulève, depuis, les passions au Québec.

La divulgation de ces échanges aurait pu jeter un nouvel éclairage sur l’entente qui a été taillée en pièces par de nombreux joueurs du milieu artistique et du monde des affaires québécois.

Au total, Patrimoine canadien a relâché quelque 730 pages de courriels, dont la très vaste majorité a été entièrement caviardée.

Un maigre 10 % des pages de courriels a été rendu public, dont certains passages sont aussi masqués.

« C’est inadmissible, s’indigne celui qui a demandé les documents en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, le professeur de journalisme à l’Université du Québec à Montréal Jean-Hugues Roy. À mon avis, ça révèle que le gouvernement a honte de l’entente avec Netflix. »

M. Roy soutient que les Canadiens ont « besoin de savoir » pourquoi Ottawa a décidé de soustraire Netflix à la TPS. Un avis que partage la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

« Le dossier Netflix est extrêmement important, et que le ministère s’amuse à presque tout censurer est une preuve de mauvaise foi », rage son président, Stéphane Giroux.

Secret

Mélanie Joly, ministre
Photo Christopher Nardi
Mélanie Joly, ministre

Le Journal a lui aussi tenté d’obtenir une copie des communications entre de hauts dirigeants de Patrimoine canadien et Netflix, mais il s’est heurté à un refus de divulgation absolu.

Pour l’opposition, le refus d’Ottawa de lever le voile sur des centaines de pages de courriels démontre que l’entente avec Netflix a été négociée « dans le secret ».

« On veut savoir ce qui se passe, mais on ne peut pas le savoir », peste le député néo-démocrate Pierre Nantel.

La bloquiste Monique Pauzé se demande, elle aussi, ce que le fédéral « a à cacher ». Cette dernière se questionne aussi sur le nombre important de courriels échangés.

« On doit se demander si on n’a pas une ministre [Mélanie Joly] qui est sous haute influence », s’interroge-t-elle. Elle note qu’à l’inverse, l’industrie québécoise se sent ignorée par le gouvernement Trudeau.

Consultation

Mélanie Joly se défend de ne pas consulter adéquatement le milieu artistique d’ici. « On a réinvesti 2,3 milliards $ en culture. Juste, par exemple, cette année, l’Orchestre symphonique de Montréal a reçu 100 000 $ de plus », illustre-t-elle.

Mme Joly soutient que le fédéral a le devoir de protéger les informations confidentielles de Netflix en vertu des lois canadiennes.

Contactée par Le Journal, l’entreprise américaine n’a pas commenté, mardi.

Des exemples de caviardage

Tout ce qu’Ottawa cache sur l’entente Netflix
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Ce tableau entièrement caviardé (en gris) contiendrait les données du gouvernement canadien sur les investissements de Netflix au Canada de 2012 à 2017.

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Le contenu de cette correspondance entre Ottawa et Netflix est impossible à démystifier étant donné l’ampleur du caviardage.

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Cette portion masquée d’un courriel d’un lobbyiste de Netflix à des fonctionnaires liste des productions de l’entreprise nommées aux Prix Écrans de 2017.

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La quasi-totalité des courriels a été retenue en vertu de divers articles de loi. Parfois, ce sont des centaines de pages qui sont gardées secrètes d’un seul coup.