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Procès Normandeau: le député Guy Ouellette assigné à témoigner

Guy Ouellette
Photo Simon Clark Le juge André Perreault a autorisé l’émission d’un subpoena, mercredi, pour contraindre le député Guy Ouellette à témoigner au procès pour fraude de Nathalie Normandeau.

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Soupçonné par l’UPAC d’avoir coulé des éléments d’enquête policière aux médias, le député libéral Guy Ouellette sera appelé à témoigner par la défense, jeudi après-midi, au procès de Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté.

Le député de Chomedey, qui ne fait face à aucune accusation dans la foulée de son arrestation et de la perquisition à son domicile le 25 octobre dernier, sera inévitablement questionné sur les fuites de documents sensibles transmis à divers médias au sujet des enquêtes Joug et Mâchurer.

Les avocats de défense tentent, depuis mercredi, d’identifier le ou les responsables de ces fuites dans le cadre d’une requête en arrêt des procédures, arguant que leurs clients n’auront pas droit à un procès juste et équitable.

Appelé à la barre mercredi, le témoin vedette de la commission Charbonneau, l’ex-entrepreneur Lino Zambito, a déclaré sous serment que l’arrestation précipitée de Nathalie Normandeau avait forcé la main du cabinet de Philippe Couillard, qui n’a eu d’autre choix que de renouveler le contrat de Robert Lafrenière à la tête de l’Unité permanente anticorruption.

Ce faisant, le premier ministre aurait rejeté la candidature de Me Denis Gallant (l’ancien procureur en chef adjoint de la commission Charbonneau), qui était « en tête » sur la « short list » des candidats pressentis. « Quand M. Coiteux s’est fait imposer le choix de M. Lafrenière, il n’était pas content et il a dit : “Vous allez vivre avec votre décision” », a-t-il relaté lors de son témoignage, affirmant que l’information provenait du député Ouellette.

« C’était un calcul »

M. Zambito, qui bénéficie d’une protection policière, a longuement détaillé sa propre « théorie » au sujet de l’arrestation de l’ex-vice-première ministre et de ses coaccusés le jour du budget. « C’était un calcul. M. Lafrenière a mis à genoux les libéraux. J’aurais été surpris qu’au lendemain de l’arrestation de Mme Normandeau, M. Lafrenière soit mis à la porte », a-t-il observé.

« Depuis le début, on cherche quelques boucs émissaires pour essayer de faire baisser la pression. Les gens qui ont mis en place la collusion ou la corruption, que ça soit à Montréal ou au ministère des Transports, je ne les ai pas vus menottés encore. »

La défense questionnera aussi, jeudi, l’ex-policier de l’UPAC Richard Despatie, qui aurait eu des contacts avec M. Ouellette et le policier de la SQ Stéphane Bonhomme.

Coiteux discret au sujet de Gallant

Interrogé en marge du caucus présessionnel des libéraux, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a refusé de confirmer l’identité des candidats qui avaient été pressentis pour le poste de commissaire de l’UPAC. Il a esquivé toutes les questions au sujet de Me Gallant, invoquant le processus judiciaire.

« Je n’en dirai pas plus là-dessus. Le comité a fait son travail. Il avait comme mandat de nous remettre au moins trois noms valables et on a fait notre choix. Lorsqu’on a fait cette nomination, on a expliqué que c’est une jeune institution qui avait besoin de stabilité », a-t-il répondu.

– Avec la collaboration de Marc-André Gagnon

Suggestion aux enquêteurs - Zambito voulait mettre Lafrenière sur écoute

Questionné sur les fuites policières dans les médias, l’ex-entrepreneur Lino Zambito a déclaré mercredi qu’il avait suggéré aux enquêteurs de la SQ de mettre sur écoute le grand patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, et l’ancien chef de cabinet du premier ministre Couillard, Jean-Louis Dufresne.

Les policiers affectés à l’enquête interne lui auraient répondu avec un « sourire », a-t-il observé, lui laissant croire que sa « théorie » était plausible. L’un des deux policiers aurait même dit à l’autre : « Il n’est pas fou », a-t-il relaté. M. Zambito a affirmé qu’il n’avait aucune confiance en la haute direction de l’UPAC. Pressé de questions par Me Jacques Larochelle, il a toutefois reconnu qu’il ne pouvait identifier l’origine des fuites avec certitude, et il a nié avec vigueur en être lui-même l’auteur.

Fuites médiatiques - Le juge Sylvain Lépine blanchi de tout soupçon

Ciblé par Lino Zambito dans son autobiographie publiée en 2016, le juge de la Cour du Québec Sylvain Lépine, autrefois procureur en chef de l’UPAC, a été blanchi de tout soupçon, mercredi, au sujet des fuites dans les médias.

L’ex-entrepreneur sous-entendait dans son livre que Me Lépine avait alimenté l’émission Enquête pour mettre le gouvernement Charest dans l’embarras en raison de ses prétendues aspirations politiques au PQ ou à la CAQ. « C’est faux. C’est contre les valeurs qui m’ont guidé pendant toute ma carrière », a-t-il nié.

Le conseiller juridique de M. Zambito, Me Denis Dolbec, qui lui avait raconté le contenu de sa conversation privée avec Me Lépine, a également affirmé que ses propos avaient été mal « interprétés » par M. Zambito. Fin de l’histoire. La défense et la Couronne ont toutes deux conclu qu’il n’était responsable d’aucune fuite.

« Ils ne méritaient pas ça » - Un policier se porte à la défense des accusés

Renversé par le battage médiatique découlant de l’arrestation de Nathalie Normandeau et des six autres individus épinglés le jour du budget en 2016, l’enquêteur Mathieu Venne a affirmé qu’ils « ne méritaient pas ça ».

« Ce n’est pas comme ça que ça aurait dû se faire, mais je n’ai pas de pouvoir », a témoigné le policier, dont la déclaration au sujet de la précipitation de l’opération a fait les manchettes la semaine dernière. Avec du recul, il dit mieux comprendre aujourd’hui l’intérêt des médias envers ces personnalités publiques. M. Venne a par ailleurs affirmé qu’il était « tombé à terre » quand il avait vu les courriels échangés entre l’ex-ministre Sam Hamad et Marc-Yvan Côté à la télévision. Interrogé à son tour sur « l’épidémie de coulage » dans les médias, il a nié toute implication.