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«Travailler, ça m’aide à garder la forme»

À 69 ans, Denis Bernier travaille une vingtaine d’heures par semaine dans un centre de rénovation de son quartier, à Notre-Dame-de-Grâce.
Photo courtoisie À 69 ans, Denis Bernier travaille une vingtaine d’heures par semaine dans un centre de rénovation de son quartier, à Notre-Dame-de-Grâce.

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« La retraite, ce n’est pas ce qu’on te montre à la télé. C’est bien plus ennuyeux », dit Denis Bernier.

La sienne a commencé il y a une dizaine d’années. L’entreprise pour laquelle il travaillait, qui vendait de l’équipement et du mobilier de bureau, a mis la clé dans la porte.

Denis Bernier avait 57 ans.

« Je me suis dit que ça serait difficile de me trouver du travail. Ma femme m’a dit : Denis, prend ça “easy”, tu as travaillé toute ta vie... »

C’est ce qu’il a fait. Mais il a rapidement trouvé le temps long, très long.

« Ma femme travaillait encore, mes enfants étaient grands. J’allais au cinéma, au musée, en voyage à Québec... Mais on se lasse de cette vie de loisirs. Je voulais trouver quelque chose à faire. Je n’avais pas d’obligations financières. Pas de pression. Mais j’avais un espace à remplir. »

Le bonheur dans les 2 X 4

Après quelques mois de vie de retraité, Denis Bernier se rend postuler au Réno-Dépôt de son quartier, à Notre-Dame-de-Grâce. Et il est rapidement embauché.

« J’ai fait du marketing et du service à la clientèle toute ma vie, j’avais donc une bonne expérience des ventes. Et il n’y a rien de plus exigeant que vendre du mobilier de bureau ! »

Il travaille aujourd’hui dans les matériaux de construction. Il n’avait pas d’expérience comme telle de la quincaillerie, mais il a eu une maison, elle a eu des problèmes, il l’a rénovée. « J’ai été formé sur le tas. J’avais une bonne connaissance des maisons du quartier, construites il y a une centaine d’années. Le toit plat qui coule, la brique qu’il faut faire réparer, la mauvaise isolation, les fondations sur l’argile... Je comprends bien mes clients. Aujourd’hui, ce sont d’autres genres de problèmes, notamment ceux d’insonorisation dans les nouveaux condos. »

Il aime ce qu’il fait, le personnel, l’atmosphère.

Pas bougon

« Je ne rentre jamais en bougonnant. » Il apprécie le côté physique du travail. « Dans un chiffre de 7-8 heures de travail, un employé marche facilement cinq kilomètres. C’est l’une des raisons pourquoi je suis ici, ça m’aide à garder la forme. Mon médecin me dit : Denis, tu n’as pas le dos courbé ni la tête enfoncée, tu es en pleine forme. »

Ce grand-père de deux petits-enfants, âgé de 69 ans, s’aperçoit tout de même que travailler est plus fatigant qu’il y a cinq ans.

« Avant, je faisais 32 heures par semaine, maintenant, c’est entre 16 et 20 heures, réparties sur trois ou quatre jours, car je ne travaille pas plus que cinq heures de suite. Ici, on est toujours debout, sur du ciment, avec des bottes lourdes. Je termine parfois mes journées avec des maux de dos et de jambes. »

Il n’a pas de « date officielle » de retraite, mais à 71 ans, il arrêtera vraisemblablement, notamment parce qu’à cet âge, les citoyens canadiens sont obligés d’encaisser leur REER. Travailler ne lui rapportera plus rien financièrement.

« Il va falloir que je dise : c’est assez. Il faut arrêter à un moment donné. »

Il fera du bénévolat, sans doute dans un hôpital, nombreux dans son quartier. Il y a six ans, sa femme est morte d’un cancer. Il souhaite rester occupé. « Je ne pense pas n’avoir jamais rien à mon horaire, et rester à la maison ! »