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Chercheuse de pierres précieuses

Martine Lavoie vendait des terrains avant de miser ses économies de retraite sur une nouvelle carrière

Martine Lavoie ne songe pas à la retraite. Elle est trop occupée à vivre sa passion pour les pierres précieuses.
Photo courtoisie Martine Lavoie Martine Lavoie ne songe pas à la retraite. Elle est trop occupée à vivre sa passion pour les pierres précieuses.

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Martine Lavoie a eu un coup de foudre pour les pierres précieuses alors qu’elle visitait le Rajasthan, en Inde, avec ses deux filles.

C’était en 2008, il y a presque 10 ans. Alors dans la jeune cinquantaine, Martine Lavoie gagnait sa vie en vendant des terrains...

« On était à Jaipur, un hub de pierres précieuses. J’ai acheté un petit rubis. Je ne connaissais rien à ça. J’ai tout de suite voulu en connaître plus sur la gemmologie, la science des pierres précieuses. J’ai googlé le mot, et j’ai trouvé l’École de gemmologie de Montréal. Dès mon retour, je me suis inscrite. »

Martine Lavoie s’est dit que ce serait un bon investissement pour plus tard, quand elle serait à la retraite. Mais pour l’instant, il lui fallait continuer de gagner sa vie.

« À cette époque, j’étais dans le développement et la vente de terrains, notamment près des grands axes routiers. J’allais chercher les multiples permis de construction. Ce n’était pas ma première carrière. J’ai été agente d’immeuble plusieurs années, avec des horaires de fou ! Et j’ai aussi eu pendant 12 ans une compagnie de construction, que j’ai fermée au milieu des années 1990. »

En 2008, l’immobilier est au ralenti. Martine Lavoie en profite donc pour suivre les quatre cours au programme de l’école de gemmologie, et obtient son diplôme en novembre 2010.

Elle n’en est pas peu fière. « À 55 ans, la mémoire, mon Dieu ! dit-elle en riant. Je ne pensais jamais y arriver. Étudier les pierres, les distinguer, connaître leurs réactions aux ultraviolets, ou les systèmes de cristallographie, c’était comme pratiquer un sport extrême. »

Premiers achats

Le projet de retraite de vendre des pierres aux joailliers, créateurs et bijoutiers allait finalement se réaliser plus vite que prévu.

« Au début des années 2010, tout était bloqué dans l’immobilier. C’était impossible de travailler. Je m’ennuyais terriblement. »

Puis tout a déboulé dans les pierres précieuses. Son amie et mentor, la directrice de l’école de gemmologie, l’encourage à se rendre à un congrès international en Chine. Martine Lavoie se fait faire des cartes professionnelles, un site web et elle crée sa compagnie, Pierres de charme, spécialisée dans la vente de pierres fines et précieuses.

Elle organise un premier voyage en Birmanie, puis au Brésil, en 2012.

Elle rencontre des dealers de pierres précieuses, visite des mines et fait ses premiers achats : 80 pierres naturelles, des zircons bleus et des tourmalines.

« Mais de retour à Montréal, personne ne voulait en acheter. » Martine Lavoie apprend à la dure que les gens préfèrent les saphirs, les topazes ou les rubis. « La culture de la pierre précieuse n’est pas très forte ici, même si je vois une transformation depuis quatre ans. »

Après un an à travailler à la maison, elle loue un espace de 300 pieds carrés parmi la faune montréalaise de marchands de pierres précieuses et de joailliers, au 620 rue Cathcart, un immeuble derrière la mythique bijouterie Birks.

À 100 milles à l’heure

Martine Lavoie a toujours beaucoup besogné dans la vie, mais jamais comme aujourd’hui, assure-t-elle.

« C’est incommensurable le travail que je fais, mais je suis passionnée. Et nous en récoltons les fruits : nous avons vraiment beaucoup de succès ! »

Son entreprise a maintenant presque cinq ans. Elle a déménagé dans un local un peu plus grand, 400 pieds carrés, toujours rue Cathcart.

« Après cinq ans, nous sommes super professionnels : logiciel de gestion d’inventaire, de facturation, publicité mieux ciblée... Disons que ce fut une année coûteuse. Mes économies de retraite sont là, dans les pierres que j’ai achetées. Je me suis créé un job pour les 20 prochaines années. Car je n’aurais jamais eu assez d’argent pour vivre à la retraite. J’ai encore une hypothèque, et je veux voyager. »

Voyage, voyage

Le week-end dernier, elle était à Tucson, au Nouveau-Mexique, pour le plus gros salon de pierres en Amérique du Nord. Puis il y aura le Myanmar, le Brésil, la Tanzanie ou Madagascar. Mais aussi toutes les grandes villes canadiennes, à visiter deux fois par année, pour rencontrer les clients.

« Il y en a qui voyagent pour le golf, la plongée sous-marine ou les musées. Moi, c’est pour les pierres. C’est un monde fascinant, peuplé de gens généreux, respectueux et passionnés. Je suis entourée de vibrations extraordinaires. Tout le monde travaille plus que la normale, et personne n’est vraiment riche. On réinvestit toujours. Notre avoir est dans les pierres. »

Et la relève est belle, dit-elle. Sa fille Bénédicte, 28 ans, s’est jointe à Pierres de charme après avoir fait son cours de gemmologie, il y a un peu plus d’un an.

« Une belle surprise de la vie, dit Martine Lavoie. Parfois, on ne sait pas où elle nous emmène. Je me sens privilégiée. Alors pourquoi arrêter ? C’est du pur bonheur quand on fait ce qu’on aime. »