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Des voitures à l’huile d’olive

Danny Burns a décidé de quitter son emploi dans l’industrie de l’automobile à la mi-cinquantaine

Danny Burns partage sa passion pour l’huile d’olive avec sa petite famille.
Photo courtoisie Danny Burns partage sa passion pour l’huile d’olive avec sa petite famille.

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Quel rapport entre une voiture et de l’huile d’olive ? Sans doute aucun, sauf que les deux sont des produits et qu’un gars de marketing comme Danny Burns peut vous vendre l’un comme l’autre.

À la mi-cinquantaine, il a troqué la carrosserie et les moteurs pour de fines bouteilles renfermant un nectar datant de l’Antiquité, et pour lequel il avait eu un coup de foudre une quinzaine d’années plus tôt.

« C’était lors d’un voyage en Provence », raconte le président fondateur de MCOlives, un distributeur d’huile d’olive et vinaigre balsamique de Blainville.

« J’avais loué une villa, avec ma famille, et j’avais rapporté un litre d’huile. C’est resté dans ma tête. »

Il y reviendra en 2012, après une carrière fructueuse dans le marketing automobile, pour Nissan, Infiniti, Kia et plusieurs autres.

À 54 ans, il cherche autre chose. « Dans l’automobile, ça finit par devenir répétitif, dit-il. On vend de la carrosserie. »

Puis, son épouse revient d’un voyage en France... avec des bouteilles d’huile d’olive. Nouveau déclic.

Il démissionne de son emploi dans l’industrie automobile en avril, et lance son entreprise d’importation d’huile d’olive un mois plus tard, en mai 2012.

Débuts modestes

Danny Burns commence modestement, en envoyant des courriels, et en faisant quelques appels. Il suit des formations, des séminaires, à New York et à San Francisco, et il déguste de l’huile d’olive, encore et encore.

Surtout, il a retenu une chose de ses années automobiles : choisir sa bataille.

« Il y a de très gros joueurs dans le marché de l’huile d’olive. Je savais que ça ne me servait à rien de me battre contre eux. Il fallait plutôt que je choisisse une niche. »

C’est ainsi qu’il se tourne vers des pays « moins exposés », comme il dit, la France et le Portugal.

Sa première vente a eu lieu en janvier 2013. Six mois après avoir lancé son entreprise. C’est ce qu’on dit à tous les nouveaux entrepreneurs : six mois.

MCOlives distribue aujourd’hui ses produits dans près de 200 boutiques à travers le Canada.

Danny Burns a investi 50 000 $ dans le démarrage de son entreprise. Sa conjointe, enseignante, est toujours sur le marché du travail.

« Bien sûr, ça aide, c’est moins insécurisant. Car les factures montent vite. »

À 55 ans, lorsqu’il a lancé son entreprise, il avait l’expérience de la vie, dit-il.

« Les priorités ne sont pas les mêmes. Et mes deux enfants étaient grands, j’avais plus de temps pour moi. » L’inconvénient, poursuit-il, c’est que tu n’as pas 30 ans devant toi. « Le temps joue contre toi. On a moins le droit à l’erreur. »

La croissance de MCOlives n’est d’ailleurs pas assez rapide à son goût.

« Je pense peut-être établir des partenariats avec des distributeurs établis, faire une acquisition, ou avoir ma boutique, mais dans un commerce déjà existant. »

Sa marque

Il a récemment créé sa propre marque, Olili (contraction du prénom de ses petites-filles Olivia et Liliane). Et pour élargir son offre, il a mis sur le marché, en décembre, une tablette de chocolat à l’huile d’olive, produite en collaboration avec les Chocolats Mathilde, à Oka. « Tout a été vendu, nous sommes en rupture de stock. »

Il a dû se battre seul. « Je n’entre dans aucune case, dit-il. J’ai regardé, et il n’y a pas d’aide pour les gens de ma génération qui veulent encore travailler. »

Il se voit au boulot encore longtemps.

« Les gens qui ont été encadrés toute leur vie attendent leur retraite comme une libération. Je n’ai jamais fait partie de cette gang-là. Je ne peux pas juste rester à la maison, je veux rester actif. »

Pour faire ce saut dans l’inconnu, dit-il, il faut y croire. Et être persévérant.

Danny Burns se lève à six heures, répond à ses courriels d’Europe, fait sa comptabilité. Il travaille une dizaine d’heures par jour, et rêve de créer un salon de l’huile d’olive, à Montréal. Ce n’est jamais la routine. « J’ai une vie passionnante », dit-il.


♦ 83 % des 55 ans ou plus considèrent l’entrepreneuriat comme un choix de carrière désirable, comparativement à 78 % chez les 35-54 ans, d’après l’Indice entrepreneurial québécois 2012.

Source : Fondation de l’entrepreneurship


♦ 30 % Le tiers des entreprises en démarrage sont pilotées par des baby-boomers, soit deux fois plus que dans les années 1990.

Source : rapport de la Banque CIBC, 2012