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Enfin son propre cabinet

L’avocate Agnès Connat a ouvert son bureau privé en octobre 2017.
Photo Agence QMI, Dario Ayala L’avocate Agnès Connat a ouvert son bureau privé en octobre 2017.

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Le retour aux études s’est passé sans problème, mais la recherche d’emploi, quelle galère !

Avant d’être assermentée avocate à 53 ans, en décembre 2016, Agnès Connat avait l’habitude des revirements de carrière.

En France, d’abord, son pays d’origine, elle a occupé plusieurs emplois, dont le service à la clientèle d’une société de commercialisation de produits radioactifs dans le biotech.

Arrivée au Québec en 1996 à l’âge de 32 ans, elle a complété un certificat en administration de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), avant de devenir conseillère financière à la Fiducie Desjardins, puis chargée de projets à l’arrondissement de Ville-Marie, pour le CDEC Centre-Sud/Plateau-Mont-Royal, l’Interaction du quartier Peter McGill. Et récemment, elle était commissaire à la CSDM.

Et Agnès Connat a aussi fait un tour du monde, en 2005, avec son conjoint et leurs deux filles, visitant 10 pays en 14 mois.

Bref, elle n’a pas peur des changements. Mais celui de retourner sur les bancs d’école, à l’aube de la cinquantaine, a sans doute été son plus audacieux.

Quel a été le déclencheur ?

« On ne prend pas ce genre de décision en se levant le matin, dit-elle. Ça faisait un certain temps que je ressentais le besoin de reprendre mes études. À l’époque de mon certificat, je n’avais pas osé pousser les études plus loin, je manquais de confiance en moi. »

Elle s’est inscrite en droit à l’UQAM, notamment parce que l’université permet de suivre les cours de droit à temps partiel. Elle obtiendra tout de même son diplôme en trois ans et demi, soit presque dans la normale.

Même si elle se faisait gentiment appeler « maman Agnès » par ses jeunes collègues, fraîchement sortis du cégep, elle n’a pas senti que l’âge était un problème à l’école. Non plus que pour la recherche de son stage, qu’elle a fait au ministère de la Justice fédéral, où elle a exercé en litige fiscal.

« Le gros choc, je l’ai eu quand j’ai cherché du travail ! »

Les questions aux entrevues... « Ah ! mais si un avocat dans la trentaine vous donne une instruction ou une consigne, comment allez-vous réagir ? » Ou encore : « Les jeunes avocats comprennent bien qu’ils doivent travailler fort... Et vous ? »

Lorsqu’elle postulait pour des firmes spécialisées en droit de la famille, elle expliquait comment son expérience de vie pourrait l’aider à mieux comprendre les clients, à mieux les conseiller aussi...

« Je ne recevais même pas d’accusés de réception !

« Je sentais que ma maturité et mon expérience devenaient un handicap. »

Pour faire bouger les choses, Agnès Connat a publié une annonce dans le Journal du Barreau, en s’inspirant d’une autre qu’elle y avait lue : « Jeune avocate cherche mentor avec qui partager son expérience sur des dossiers, prête à payer un loyer. »

Agnès Connat reçoit alors un appel de la firme Gilbert, Séguin, Guilbault, spécialisée dans le droit bancaire, les faillites et l’insolvabilité.

L’avocate y a travaillé pendant quelques mois avant de partir et d’ouvrir son propre cabinet en octobre 2017.

« Je loue un bureau dans une étude légale, dans le Vieux-Montréal. Je fais des dossiers de droit civil et familial, et de litige fiscal. » Ce n’est pas facile, dit-elle, car il y a beaucoup de concurrence.

« J’essaie de développer une clientèle à qui je rends service », dit celle qui est aussi allée en droit pour ça.

« À mon âge, je fais ce dont j’ai envie. Je suis moins dans les décisions rationnelles. Dans le fond, c’est comme ça que je me suis retrouvée, à 50 ans, sur les bancs d’école. Des gens me disaient : “Tu es courageuse.” Je ne me sentais pas courageuse, mais plutôt chanceuse de pouvoir retourner aux études. Je les ai faites par choix, et non parce que j’étais prise à la gorge. C’est un luxe... »

« Je fonctionne beaucoup aux défis. Est-ce que j’aurai du plaisir à faire ça dans 10, 15 ou 20 ans ? On verra. Mon mari et moi, nous avons plein d’intérêts, on aime voyager... Mais là, je vais faire rentrer un peu d’argent à la maison, je suis due ! »