/misc
Navigation

Il faut sauver l’UPAC

Robert Lafrenière (à gauche) et Robert Dutil sont apparus lorsque l’UPAC a été créée en 2011 pour ressusciter la confiance dans les institutions, dans l’État. 
Actuellement, elle la mine.
Photo d'archives Robert Lafrenière (à gauche) et Robert Dutil sont apparus lorsque l’UPAC a été créée en 2011 pour ressusciter la confiance dans les institutions, dans l’État. Actuellement, elle la mine.

Coup d'oeil sur cet article

D’accord, ça devient mêlant et lassant, toutes ces tribulations autour de l’UPAC et en son sein. Mais il faut sauver cette Unité.

Les derniers événements suscitent le même type de doute qu’on ressent devant un film policier où, d’abord, Tom Cruise nous semble incarner un «bon» pour ensuite, dans les scènes suivantes, prendre l’allure d’un «vilain». Pendant un moment, on ne sait plus.

Dans le film Lafrenière contre Ouellette, «on ne comprend même plus les motivations des uns et des autres», m’a confié un conseiller libéral déconcerté, jeudi.

Et Robert Lafrenière? Veut-il, comme il le clame, que l’enquête Mâchurer sur Jean Charest et Marc Bibeau aboutisse? Ou alors fait-il tout, en sous-main, pour qu’elle avorte?

On sentait depuis quelques mois que le Parti québécois se méfiait du patron de l’UPAC.

«La question se pose»...

Mais cette semaine, Stéphane Bergeron, redevenu critique de la Sécurité publique, a poussé la suspicion plus loin que jamais.

Il a utilisé sa technique rhétorique préférée (et vicieuse): formuler des accusations non vérifiées sur un mode à peine interrogatif ponctué par un simple «la question se pose»: «Pourquoi cherche-t-on absolument à maintenir en poste Robert Lafrenière? Est-ce parce que Robert Lafrenière détient des informations sur le Parti libéral et qu’on craint de voir ces informations sortir? La question se pose.»

Au fait, M. Bergeron est cohérent dans la forme comme dans le fond, car, le 16 mars 2011, jour où le gouvernement Charest annonçait la nomination de M. Lafrenière, il s’était interrogé: «Est-ce qu’on a toute l’indépendance requise pour agir, maintenant que, qui plus est, le grand patron de cette unité est lui-même un ancien sous-ministre du ministre de la Sécurité publique? La question se pose.»

Certes, toutes sortes de questions se posent, tout le temps.

  • Le député Guy Ouellette a-t-il vraiment participé à toutes les fuites de documents sensibles de l’UPAC, toutes sans exception, comme le laissent entendre les affidavits dévoilés encore un peu plus jeudi?
  • Quelles sont les motivations de ceux qui sont à l’origine des fuites? Faire dérailler enquêtes et procès ou dévoiler des informations qui resteraient secrètes autrement?

Mettre fin à la zizanie

L’UPAC a été créée en 2011 pour que la population rétablisse sa confiance dans ses institutions, dans l’État. Actuellement, elle la mine.

Elle semble erratique:

  • Elle procède à des arrestations spectaculaires le jour du budget en 2016, mais promet de se tenir tranquille en octobre 2018;
  • Elle arrête un député président d’une commission devant laquelle elle doit rendre des comptes, mais sans l’accuser de quoi que ce soit;
  • Elle est un panier percé sur le plan de l’information;
  • À l’interne, la zizanie règne; cela affecte son efficacité, et ses enquêtes traînent.

Certains songent même à réclamer une commission d’enquête pour faire la lumière sur le fonctionnement de l’UPAC!

Un compromis

L’UPAC a été formée en catastrophe par le gouvernement Charest qui souhaitait éviter de créer une commission sur la collusion et la corruption dans l’industrie de la construction.

C’est une courtepointe d’enquêteurs, de policiers, de différentes provenances (SQ, unités de ministères, CCQ et Régie du bâtiment), qui ne sont que prêtés à l’UPAC.

Le ministre Coiteux soutient que le projet de loi 107, en créant un corps de police à part, mettra un terme à cette situation dans laquelle les enquêteurs n’ont pas de loyauté pour l’UPAC. C’est un bon argument.

Depuis le début, les libéraux soutiennent que l’UPAC est inspirée du Department of Investigation de New York. Or, le patron du DOI est nommé par le maire de la ville, mais cette nomination est approuvée par les deux tiers des élus.

Le gouvernement Couillard doit sauver l’UPAC. Il ne peut assister en spectateur à son naufrage. Qu’il propose donc un compromis aux oppositions sur le modèle de la nomination du patron du DOI.

La citation de la semaine

«Devant moi, hier, [...] j’avais le plaisir d’avoir non pas une adversaire, mais une partenaire avec laquelle on va travailler.»

– Gaétan Barrette, ministre de la Santé, parlant de Nancy Bédard, de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Le carnet de la semaine

​GND va se faire «ramasser»

​C’est peut-être moins grave qu’une blague de «moustache», mais le rapprochement qu’a fait Gabriel Nadeau-Dubois, jeudi, en chambre, avait quelque chose de douteux. Le député QSiste souhaitait dénoncer les faibles salaires des chauffeurs d’autobus scolaires. Il a utilisé pour ce faire une comparaison pour le moins maladroite: «Au Québec, les gens qui ramassent nos ordures sur le bord des routes, ce qui est un métier très noble d’ailleurs, sont payés en moyenne 26 $ l’heure. Pendant ce temps-là, les gens qui ramassent nos enfants puis en assurent la sécurité tous les jours sont payés un salaire moyen de 17 $ l’heure, et certains ont même un salaire d’entrée de 12 $ l’heure.»

André Fortin comme Mélanie

Depuis son arrivée à la tête du ministère des Transports, André Fortin s’est illustré: aplomb, connaissance des dossiers, volontarisme, etc. Mais je lui ai trouvé un défaut: il tweete systématiquement «en bilingue», comme Mélanie Joly à Ottawa! Mme Netflix se conforme à la politique de son État, qui est le bilinguisme officiel. Quand M. Fortin comprendra-t-il que ce n’est pas la politique du Québec, qui n’a qu’une langue officielle depuis Robert Bourassa en 1974? Et ce, pour promouvoir cette langue, lui donner un coup de pouce dans ce pays et sur ce continent où elle est minoritaire? On attend des membres du Conseil des ministres qu’ils s’expriment prioritairement en français en public.

Matante Francine

«Vous êtes plus beau en vrai qu’à la télé, j’ose le dire!» m’a lancé la ministre Francine Charbonneau mercredi, dans un couloir de l’Assemblée nationale. Je l’ai d’abord pris comme un compliment. Mais plus je pense à l’éclat de rire et au malaise que sa déclaration a suscités autour de moi, moins je crois que c’en est un. J’ai demandé à une de mes collègues reporters télé si un ministre, en public, lui avait déjà fait un tel «compliment». Elle m’a répondu «jamais un ministre, mais d’autres personnes, oui». Et «ça m’a toujours semblé ambigu». Si c’était un ministre? «On l’aurait traité de mononc!» Comment conclure? J’ose l’écrire: «Merci, Matante Francine.»