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Moins de consigne, plus de profit

Des centres de tri pourraient gonfler leurs revenus, mais les Québécois ne souhaitent pas son abolition

GEN - USINE TRICENTRIS
Photo d’archives, Martin Alarie Chez Tricentris, on transforme le verre récupéré dans le bac bleu en poudre comme celle sur cette photo pour la revendre.

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Alors que la majorité des Québécois veulent l’élargissement de la consigne, un des plus importants réseaux de centres de tri au Québec milite pour son abolition afin de gonfler ses revenus.

Dans une lettre obtenue par Le Journal, le patron des centres de tri Tricentris invite les municipalités à ne pas répondre à une invitation à participer à une campagne de collecte des contenants consignés au profit d’organismes.

Dans sa missive, Frédéric Potvin, dont l’entreprise capte le tiers de la collecte sélective au Québec, explique que « l’abolition de la consigne sur les CRU [contenants à remplissage unique] permettrait à Tricentris d’accroître ses revenus ».

« L’arrivée des canettes d’aluminium et des contenants de boissons gazeuses au centre de tri représente une augmentation des revenus de près de 5 millions par année », précise-t-il.

Frédéric Potvin, <i>Directeur général chez Tricentris</i>
Photo tirée de LinkedIn
Frédéric Potvin, Directeur général chez Tricentris

En entrevue au Journal, M. Potvin indique qu’à l’heure actuelle les contenants consignés qui ne sont pas retournés, mais plutôt envoyés au bac bleu, rapportent 2 M$ par an à Tricentris.

Pour le chef d’entreprise, la consigne est une épine dans le pied des consommateurs.

« Le citoyen va vers la loi du moindre effort. Moins on lui demande de travail, plus il participe », dit-il pendant qu’il fait visiter au Journal son usine de Lachute, afin de démontrer qu’il est inutile de consigner le verre, car les centres de tri sont capables de s’en charger.

Citoyens proconsigne

Pourtant, 86 % des Québécois apprécient la consigne, selon Recyc-Québec et 91 % voudraient même qu’elle soit élargie aux bouteilles de vin et 86 % aux bouteilles d’eau en plastique, d’après un sondage SOM, effectué l’été dernier.

À l’heure actuelle, le système de consigne n’inclut que les canettes et les bouteilles de bière. D’après les chiffres de Recyc-Québec, 98 % des bouteilles de bière sont récupérées, tandis que 70 % des canettes à 5 ¢ et 86 % de celles à 20 ¢ le sont.

Pour les défenseurs de cette méthode de récupération, dont le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, il s’agirait d’un moyen simple d’assurer que le verre soit réutilisé pour former de nouveaux contenants au lieu d’être jeté ou transformé en poudre pour la construction.

Villes proconsigne

Les villes appuient elles aussi l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin.

« La consigne, c’est un bon moyen pour favoriser la responsabilisation élargie des producteurs », souligne le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Alexandre Cusson.

Il explique qu’actuellement, les villes héritent bien malgré elles de la responsabilité des contenants mis en marché.

Les bouteilles de vin qui représentent 80 % du verre déposé dans le bac bleu pèsent lourd dans les budgets municipaux dont dépend la collecte sélective, indique l’UMQ.

Éco Entreprises Québec (EEQ) collecte de l’argent auprès de la Société des alcools du Québec afin d’aider les municipalités à financer leur gestion des matières résiduelles. Mais les sommes versées aux villes sont insuffisantes, dit M. Cusson.

Il souligne qu’entre 2005 et 2015, EEQ a versé un total de 500 M$ aux membres de l’UMQ, alors que les coûts totaux de la gestion des matières résiduelles se sont élevés à 12 fois plus, soit 5,9 milliards $.


► Le sondage SOM a été mené en ligne entre le 29 juin et le 1er juillet dernier auprès de 1065 répondants. Sa marge d’erreur est de 3,9 %.