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Son CV ignoré une centaine de fois

Anna Ahronheim, 30 ans, a quitté le Québec il y a quatre ans pour Israël. Presque tous ses amis d’enfance sont aussi partis. « Il doit en rester cinq ou six seulement », dit-elle.  
Photo courtoisie, Anna Ahronheim Anna Ahronheim, 30 ans, a quitté le Québec il y a quatre ans pour Israël. Presque tous ses amis d’enfance sont aussi partis. « Il doit en rester cinq ou six seulement », dit-elle.  

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Anna Ahronheim dit avoir appliqué sur une centaine d’emplois à Montréal. En cinq mois, elle s’est fait convoquer pour une seule entrevue.

Née dans une famille juive près de la métropole, la jeune femme de 30 ans a étudié en sécurité intérieure. Elle a cherché des postes au sein d’agences privées et de firmes de sécurité, mais aussi pour d’autres emplois, notamment comme secrétaire.

Elle admet que son français est imparfait, mais croit que des employeurs ont ignoré son CV pour des emplois qu’elle aurait pu occuper, simplement parce qu’elle est anglophone.

Découragée, elle a déménagé à Tel-Aviv, en Israël, il y a quatre ans, où elle s’est rapidement trouvé un travail.

« Pourtant, mon hébreu n’est pas meilleur que mon français », souligne-t-elle.

Déclin souhaité

Le sondage Léger révèle que la majorité (60 %) des anglophones ont déjà songé à quitter le Québec.

Beaucoup d’anglophones ont l’impression que les francophones souhaitent les voir disparaître, ce qui alimente leur sentiment d’exclusion et leur impression de ne pas être les bienvenus au Québec, explique Richard Bourhis, professeur en psychologie des relations intergroupes à l’Université du Québec à Montréal.

Plus les jeunes se sentent « inconfortables » et ont cette impression que les francophones veulent les « amoindrir », plus ils ont l’intention de quitter le Belle Province dans le futur, a observé le chercheur dans une étude réalisée auprès d’étudiants de l’Université McGill.

Ainsi, le Québec ne retient même pas la moitié de ses diplômés universitaires anglophones nés ici, selon des chiffres datant de 2011 de Statistique Canada. Moins de 34 % de ceux qui détiennent un doctorat restent, alors que 91 % des francophones avec un diplôme semblable restent.

Pour la ministre aux Relations avec les Québécois d’expression anglaise, Kathleen Weil, il s’agit carrément d’un « exode de cerveaux ».

Beaucoup ont l’impression d’être défavorisés sur le marché du travail par rapport aux francophones, alors que leur bilinguisme est perçu comme un atout dans d’autres provinces.

Discrimination ?

La langue est la raison la plus souvent évoquée par les personnes qui disent avoir déjà été discriminées au Québec, dit Richard Bourhis.

Ce phénomène s’inscrit dans la tendance qu’ont les humains à favoriser les personnes qui leur ressemblent, explique M. Bourhis. Il est donc possible que des employeurs francophones hésitent à embaucher des anglophones en raison de leur accent ou parce qu’ils ne partagent pas les mêmes repères culturels.

« Des fois, les anglophones ne connaissent pas Marie-Mai », illustre-t-il.

Le système scolaire anglais ne crée pas suffisamment d’intérêt pour la culture québécoise, croit Jean-Paul Perreault de l’organisme Impératif français. Selon lui, cela les isole de la majorité francophone.