/news/society
Navigation

Anglophones de Québec: Quitter pour étudier dans sa langue

Katharina Urbshat
Photo Martin Lavoie Katharina Urbshat, artiste.

Coup d'oeil sur cet article

La ville de Québec n’échappe pas à l’exode des jeunes anglophones, mais les raisons ne sont pas les mêmes qu’à Montréal.

«C’est un phénomène que l’on voit aussi à Québec. Ça toujours été un peu comme ça. Les jeunes anglophones quittent la région souvent pour étudier dans une université anglophone à Montréal et ensuite ils quittent la province», a réagi Taylor Ireland. Ce dernier a mis sur pied l’entreprise les Ateliers de conversation anglaise à Québec.

Mais M. Ireland a fait le parcours inverse en quittant sa Saskatchewan natale en 2005 à l’âge de 25 ans pour venir s’établir dans la seule capitale unilingue francophone au pays. «Je suis venu pour parler en français et je ne suis jamais parti.»

«Ce que j’entends dire par des membres de la communauté anglophone c’est que souvent quand un employeur cherche quelqu’un de bilingue, ça signifie un francophone qui parle anglais. Il manque aussi de modèles anglophones dans la communauté des affaires ou en politique. Ça appuie le sentiment que pour faire quelque chose, il faut partir», ajoute-t-il.

Le fait de vivre dans un pays à majorité anglophone a aussi un impact selon l’enseignant. «Ça ne prend pas nécessairement beaucoup de courage de déménager à Toronto ou Vancouver pour un anglophone. Et il y a des francophones qui partent aussi. Et pour eux aller à Calgary pose davantage un défi.»

«Quand on entend Manon Massé de Québec Solidaire qu’on doit tout faire en français, même avec les autres gouvernements au Canada, l’histoire du ‘Bonjour-Hi’, c’est le genre de choses qui peut faire dire ‘je dois vivre avec ça toute ma vie?’ Ça peut donner le goût d’aller ailleurs. Ça fait 13 ans que je suis ici et c’est toujours le même débat», regrette-t-il.

M. Ireland retient aussi que les anglophones de Québec sont davantage intégrés qu’à Montréal. Par ailleurs, il se sent très bien à Québec. «Je n’ai jamais eu le sentiment que je n’étais pas le bienvenu et j’ai été bien reçu par la communauté des affaires.»

Pour l’emploi

Katharina Urbshat a vu le jour à Québec durant l’unique année où ses parents –lui Allemand, elle Torontoise- ont vécu dans la Vieille capitale. Élevée ensuite en Allemagne, elle est revenue vivre à Québec dans les années 1990, puis s’y est établie de façon permanente à partir de 2005.

«J’adore le côté européen de Québec, sa culture riche et mixte. C’est un endroit magnifique pour y vivre pour une artiste comme moi», avance celle qui pratique et enseigne le chant dans les deux langues.

Elle remarque que les occasions d’emplois sont souvent l’élément conduisant à s’expatrier. «Vous allez vous diriger où se trouve le travail et où vous allez trouver le meilleur emploi. Je rencontre des gens provenant de plusieurs pays. Certains viennent ici apprendre le français. Le bilinguisme est important.»

Aujourd’hui, celle qui se considère Québécoise fréquente les services et les commerces sans se demander si elle sera servie en anglais. «Ce n’était pas comme ça au début. J’étais terrorisée d’aller chez un dentiste qui ne parle pas anglais. Mais l’organisme Voice of English-speaking Québec (VEQ), qui m’a donné une liste d’endroits donnant des services en anglais, ça été extrêmement important.»

Mme Urbshat reconnaît l’importance que la législation protège la langue française dans le contexte d’une Amérique anglophone. Mais dans l’interaction quotidienne avec les gens, elle apprécierait pouvoir s’exprimer en anglais sans que ses interlocuteurs francophones ne se sentent froissés.