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Plus de 170 km pour être soigné en anglais

Richard Biernat a fait 170 km de route le doigt blessé afin de se faire soigner à l’hôpital St. Mary’s de Montréal.
Photo Chantal Poirier Richard Biernat a fait 170 km de route le doigt blessé afin de se faire soigner à l’hôpital St. Mary’s de Montréal.

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Richard Biernat a parcouru les 170 km entre Rawdon dans Lanaudière et l’hôpital St. Mary’s de Montréal au début du mois.

Son pouce blessé saignait abondamment dans un mouchoir durant le trajet d’une heure trente, mais il voulait être certain d’être soigné en anglais.

L’homme de 77 ans s’est coupé une partie de doigt en fabriquant un perchoir à oiseaux pour sa petite-fille. Il aurait pu être soigné en français à 30 kilomètres de chez lui. « Mais pour les mots techniques, j’ai besoin de l’anglais », dit-il.

Recevoir des soins de santé en anglais est la principale préoccupation des anglophones qui vivent en région, surtout où la population est vieillissante.

Le Journal l’a constaté. C’est le sujet qui est revenu le plus souvent lors d’une rencontre organisée au début février par la ministre Kathleen Weil avec les résidents de Rawdon, où 10 % à 12 % de la population est anglophone.

D’ailleurs, près de la moitié des répondants au sondage Léger disent avoir déjà eu de la difficulté à se faire servir en anglais pour recevoir un service public.

Sacrum ou scrotum ?

Linda Heaton Tessier, 67 ans, en sait quelque chose. Elle s’est brisé la hanche et le coccyx l’an passé. Le personnel soignant du centre hospitalier de Joliette a cessé de lui répondre en anglais dès qu’il a remarqué qu’elle pouvait parler français, relate-t-elle.

« J’ai voulu leur dire que je m’étais brisé le sacrum. Mais j’ai dit scrotum à la place... », dit-elle en rigolant.

Les recherches montrent que le fait de ne pas avoir accès à des soins de santé dans sa langue peut mener à des erreurs de prise de médication et avoir une incidence sur le nombre de visites à l’urgence, dit Ghislaine Prata, qui siège sur le conseil d’administration du CIUSSS-de-Lanaudière.

Oser se plaindre

Or, les anglophones hésitent trop souvent à demander à être servis en anglais à l’hôpital ou au CLSC, déplore-t-elle.

« C’est extrêmement difficile pour les anglos d’oser demander une documentation ou un service en anglais. Résultat : les dirigeants se disent qu’il n’y a pas de problème, puisqu’il n’y a pas de demandes. »