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Qui a peur des anglos?

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Généralisons. Il y a deux sortes de Québécois francophones. Ceux qui côtoient des anglophones dans leur vie de tous les jours et ceux qui n’en connaissent aucun.

Les premiers ont peut-être un beau-frère, un Smith bilingue né à Lachute, qui sacre avec un accent, qui boit du Canadian Club et qui rit de bon cœur quand son épouse Lucienne qu’il adore le traite de tête carrée.

Ou ils connaissent des types comme Ted, un hipster qui a troqué Vancouver pour le Mile End l’an dernier parce que c’est plus branché et moins cher, et qui parle déjà quelques mots de français grâce au Beaujolais qui délie les langues et à Miss Purelaine dont il partage l’oreiller.

Ceux-là ne se sentent pas menacés.

Fausse menace

Parmi les Québécois qui connaissent mal les anglophones, trop se rabattent sur le mythe de l’ennemi mortel qui rêve de reprendre le contrôle du Québec.

Or, les anglos n’occupent que 1 % des postes au gouvernement. Ce n’est pas demain la veille que la rue Saint-Jacques va redevenir St. James Street. Même si la loi 101 était assouplie.

Ceux-là ressassent la Conquête et le rapport Durham pour dissimuler leur ignorance et crachent même sur les francophones qui réussissent dans le monde anglophone. Des vendus, disent-ils.

Ils ne ratent jamais une occasion d’enfoncer dans la gorge des « zanglais » qu’ils sont la minorité la mieux traitée de l’univers. Cela me surprend que personne n’ait encore fait valoir que les Québécois sont la minorité la mieux traitée au Canada. Nous saurions à quel point ce calcul condescendant est désagréable à entendre.

Surtout que les anglos ont construit leurs hôpitaux et universités et qu’ils continuent d’y investir des millions de leurs poches.

Là pour rester

Le Québec parle français, vit en français, évolue en français depuis près de 500 ans. Même la perfide Albion n’a pas eu raison de la volonté de fer des héritiers de Louis Hébert et de Marie Rollet de faire prospérer la terre française d’Amérique.

Ce n’est pas une poignée d’irréductibles du West Island qui vont briser ce rêve.

Ni le bloc d’unilingues « boqués », descendants de la vieille anglaise de chez Eaton, accrochés aux flancs de Westmount ou aux quais du lac Saint-Louis, qui règlent leur réveille-matin à 3 h pour haïr les francophones plus longtemps. Si vous saviez comme ils sont peu nombreux.

Et puis, l’ennemi numéro un du français, c’est l’américanisation de la culture.

Oui, des jeunes anglos vont partir. Mais beaucoup de jeunes francophones, parmi les meilleurs, quittent aussi le Québec parce qu’ils le trouvent étouffant de rectitude politique, de repli identitaire, de peurs de toutes sortes, dont celle de disparaître. Ils n’y croient pas.

Pas plus que les Anglos croient que le français est en danger, alors que nous sommes si dominants.

Même si deux tiers des anglos aimeraient que l’anglais soit l’égal du français au Québec, même s’ils se sentent plus Canadiens que Québécois et qu’ils ne savent pas toujours qui est Marie-Mai, notre sondage indique que 75 % d’entre eux sont heureux de vivre au Québec.

Cela me suffit.