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Le 4e Reich

Pierre Verville et Guy A. Lepage
Photo d’archives Pierre Verville et Guy A. Lepage

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C’était en 1988.

Complimenter une femme n’était pas encore considéré comme un prélude au viol.

Il y avait des hommes et il y avait des femmes. Votre orientation sexuelle ne regardait que vous, mais on ne choisissait pas son sexe.

Il arrivait même aux hommes de ne pas culpabiliser quand ils avaient une érection.

Bref, c’était le Moyen Âge, non, c’était le paléolithique.

Risible

Dans ce Québec préhistorique, il y avait un groupe d’humoristes irrévérencieux qui s’appelait RBO.

Inimaginable aujourd’hui, leur humour dévastateur n’épargnait personne : les gros, les laids, les handicapés, les croyants y goûtaient aussi.

En 1988, donc, RBO diffuse un sketch resté célèbre.

Intitulé Le 4e Reich, il dépeint la vie dans un camp de concentration de chez nous, un véritable Auschwitz-en-Québec.

Vêtus de pyjamas gris, nos pauvres anglos sont martyrisés par les fascistes bottés de la loi 101.

C’est le souvenir de ce Naziland québécois qui m’est revenu en tête quand j’ai lu les jérémiades des jeunes anglos rapportées dans Le Journal de Montréal de samedi.

Ces persécutés ont vécu les controverses sur le Bonjour, hi et la boutique Adidas comme une véritable Kristallnacht. Ne manque que l’étoile jaune.

Je me suis dit que j’avais le choix entre rire et rire, tellement leurs complaintes ont la gravité d’un ongle incarné.

La vérité est que les anglophones font la pluie et le beau temps au Québec depuis plus de 250 ans.

Mieux encore, ces jeunes anglos qui se plaignent le ventre plein n’ont, pour l’essentiel, jamais connu d’autre gouvernement que celui du PLQ, toujours prêt à se contorsionner pour prendre des poses dégradantes devant leur communauté.

Les institutions anglophones – tant mieux pour elles – ont un rayonnement infiniment supérieur au poids démographique des anglos.

Leur langue domine outrageusement la planète entière, étant même exigée ici pour des emplois subalternes qui ne la nécessitent pas.

La force d’attraction de l’anglais auprès des immigrants est tellement supérieure à celle du français qu’il faut des règles du jeu particulières pour ralentir l’acadianisation du Québec.

Dans les arts, ce sont les francophones qui, très souvent, passent à l’anglais et non l’inverse.

Comparez le nombre de francophones dans les institutions d’enseignement anglophones à l’inverse.

Partir ?

Et ces jeunes anglos inconscients ont en plus la chance de vivre à une époque où les francophones du Québec sont plus dociles, soumis et endormis que jamais.

Mais il semble que ce ne soit pas encore assez.

Certains de ces jeunes anglos songent à partir.

Si le Québec est à ce point un enfer, c’est en effet une option à considérer.

Mais qu’ils se dépêchent pendant que l’oppression vécue ici n’est pas terrible au point de les empêcher de partir si c’est ce qu’ils veulent.