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Au Café Beaver

Avant Après
Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, Florent Charbonneau. Centre-ville. Intersection Sainte-Catherine – Bleury. 1961. P158-Y-2_29P001.
Photo Pierre-Paul Poulin

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Scandale au Café Beaver !

En 1961, le Café Beaver illumine de ses néons le coin Sainte-Catherine et Bleury. L’un des pionniers de la scène gaie montréalaise, Armand Monroe, alors « waiter » au Beaver, se souvient d’un club « assez bien tenu ». Les clients attendent en file aux portes, du jeudi au dimanche soir, pour voir Jacques Desrosiers, Ti-Guy Nadon, Rose Ouellet, dite La Poune, Alys Robi, et bien d’autres. À l’entracte, on danse ! Le Beaver met également en scène des numéros burlesques à parfum de scandale. Imitant la célèbre effeuilleuse, l’artiste travestie Lana St-Cyr prend un bain moussant ou exécute une chorégraphie sur scène avec un serpent. Mais voilà qu’en 1962 la police débarque et arrête tout le monde au Café Beaver, y compris la gracieuse Lana. Ses performances jugées obscènes, la Ligue du Sacré-Cœur et les filles d’Isabelle ont tenté à maintes reprises d’y mettre fin. Malgré les détracteurs, Lana St-Cyr, Jean Guilda, Armand Monroe et d’autres tiennent tête et gagnent en popularité.

Mais qui est la femme ?

Photo courtoisie, Armand Monroe, « Finale de la Revue de Clyde Dubois : chercher la femme » vers 1959-60 au Café Beaver. De gauche à droite : (en haut) -,-,-,-, Ricky Day (Frank Wilson), la Gouloue, Sexyta, Dolly, Bambie, Sugar, -,-, (en bas) Raymond (chanteur américain). CHM_2012_89_2_28

Cette provocante photographie, tirée de la collection personnelle d’Armand Monroe, montre la très populaire revue de Clyde Dubois, Cherchez la femme, présentée au Café Beaver. Derrière le chanteur américain Raymond à la voix d’or, Ricky Day, la Gouloue, Sexyta, Dolly, Bambie et Sugar prennent la pose aux côtés des danseuses. Sauriez-vous reconnaître la « vraie » femme parmi ces travestis aux robes extravagantes ? Pour les habitués du milieu, comme Armand Monroe, c’est facile. Mais pour le public néophyte, ce n’est guère aisé, surtout loin de la scène. Si dans les années 1940-50 les travestis présentaient des numéros en solo, le public en demandait plus. Joignant leur talent, la troupe de la revue met en scène des effeuilleuses, magiciennes, chanteuses, chorus girls, etc. Avec ses défilés exotiques aux costumes agrémentés de plumes ou de fourrures, la flamboyante revue de Clyde Dubois était, sans contredit, la plus courue à Montréal au tournant des années 1960.

De l’Alouette au Spectrum

Inaugurée en 1952, l’Alouette présente des films en français dans un établissement des plus moderne. Avec l’arrivée imminente de la télévision, les publicités de l’Alouette vantent le confort des sièges, l’excellente sonorisation et les salles nouvellement climatisées. À l’affiche en 1961, c’est la version doublée de King of Kings : The Story of the Christ, une superproduction hollywoodienne. Pour réserver à distance, vous n’avez qu’à écrire au cinéma pour recevoir vos billets par la poste. En 1974, l’Alouette devient le Pigalle, puis il est renommé Le Carrefour en 1976. Le cinéma est démantelé pour laisser place, en 1980, à la discothèque Le Club Montréal. Ouvert en 1982, le Spectrum reçoit des vedettes locales et internationales, notamment à l’occasion du Festival de Jazz. La salle de concert fait vibrer les Montréalais jusqu’à sa fermeture et sa démolition, en 2007-2008.