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Les vélos et les vieux

Luc Ferrandez
Photo Chantal Poirier Luc Ferrandez, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

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J’habite Le Plateau-Mont-Royal, le paradis des fous de la pédale. Mon maire, Luc Ferrandez, est un fondamentaliste du vélo. Il roule même à vélo, main dans la main avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, elle-même une prosélyte de la bicyclette.

Lors de la campagne électorale, Mme Plante avait déclaré qu’une fois élue, elle continuerait de circuler à vélo dans les rues de son royaume. Mais le pragmatisme l’a rattrapée et elle se déplace avec auto et chauffeur. La mairesse, dont on doit assurer la sécurité, a autre chose à faire dans ses déplacements que de rouler à vélo dans les nids de poule des rues devenues des poulaillers.

Automobilophobes

Le lobby des cyclistes est rempli d’idéologues. Je peux témoigner que ceux du Plateau, grands défenseurs des libertés les plus frivoles, sont souvent intolérants. Comme Luc Ferrandez, ils détestent la voiture. Ce sont des automobilophobes.

Il arrive que ces rois de l’asphalte demeurent au milieu de la chaussée pour m’indiquer que ma présence automobiliste leur déplaît souverainement. Certains y vont même d’un doigt d’honneur.

Je subis donc la courtoisie cycliste version hard. Or, je ne roule pas à bicyclette, ni l’hiver ni l’été. Je suis dans la catégorie « vieille personne ». J’ai trop d’activités professionnelles pour risquer de me faire éjecter par une voiture, « emportailler » par un automobiliste distrait ou me faire percuter par un cowboy cycliste zigzaguant à toute vitesse en grillant les feux rouges ou en fonçant tout droit, trop illettré pour déchiffrer le mot ARRÊT.

Les vieux, sauf quelques candidats au livre Guinness des records qui se croient invincibles à 80 ans, ne se risquent pas à vélo de peur de se casser la hanche dont on sait que la fracture, à leur âge, les fragilisera pour les années qu’il leur reste à vivre.

Citoyens encombrants

Je crois que Luc Ferrandez et Valérie Plante n’aiment pas les vieux et que, inconsciemment, ils sont impatients de les voir s’éteindre. Les vieux, dont le nombre augmente à un rythme qui effare les gouvernements à cause des coûts sur le budget de la santé, sont des citoyens encombrants pour les chantres de l’écologie urbaine.

Il y a deux ans environ, le maire Ferrandez a fait disparaître le stationnement devant un centre culturel situé dans un parc. Afin que la nature reprenne ses droits, les autos étant l’antinomie de la verdure. Or, les vieux, qui marchent difficilement, pouvaient ainsi accéder à ce centre d’activités où ils oubliaient durant quelques heures leurs angoisses de vieux.

Si les vieux doivent s’encabaner faute de pouvoir circuler à vélo ou dans les transports en commun – essayez de faire des courses d’épicerie en métro ou en bus –, il serait peut-être mieux de les faire disparaître ou d’aller les conduire sur le Mont-Royal à mi-sommet, désormais, avec la nouvelle loi de sœur Sourire et du pape Ferrandez. Ils seront ainsi plus près du cimetière. Cela évitera de faire circuler les corbillards polluants dans les rues de la métropole.