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Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des indépendantistes de «s’auto-pelure-de-bananiser»

Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des indépendantistes de «s’auto-pelure-de-bananiser»
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Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des indépendantistes de «s’auto-pelure-de-bananiser».

Tenez, regardez ce qui se passe à Ottawa. Les adversaires du Bloc québécois ont tous été, chacun à leur manière au cours des derniers mois, en position de vulnérabilité. Et que fait-on au Bloc québécois? On se crêpe le chignon voyons! 

Et au Parti québécois... Jean-François Lisée aligne les bons coups en ce début d’année, on le soulignera. L’arrivée de Jean-Martin Aussant est un excellent coup, surtout pour réunir sous la bannière du PQ les indépendantistes plus pressés, dont nombre d’entre eux se rallieront à l’analyse de l’ex-député de Nicolet.

Mais attention! Va-t-on tout faire foirer en opposant Jean-Martin Aussant à Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste et ardent indépendantiste qui fait campagne pour l’investiture dans Pointe-aux-Trembles depuis quelques semaines?

Bien sûr que ce comté n’est acquis à personne et que le PQ peut jouer de stratégie. Tous les partis le font. Hier, la CAQ a perdu le président de sa table régionale en Outaouais, Luc Angers, un militant de la première heure et figure politique connue. Pourquoi? Car le parti lui a préféré un candidat de Montréal dans le comté de Chapleau à Gatineau. «Son comté».

Espérons que le PQ évitera les querelles fratricides cette fois-ci. Il doit bien y avoir moyen de s’assurer que la formation de Lisée réussisse à présenter Aussant et Laporte au sein de comtés différents car le PQ serait en bien meilleure posture s’il pouvait faire élire ces deux candidats de haut calibre.

Un peu de perspective sur ce qui se passe au Bloc Québécois en ce moment aidera toutefois à comprendre un peu une des lignes de fracture d’importance au sein du mouvement indépendantiste.

À la suite de la dégelée de l'élection de 2011 et au départ du chef de longue date Gilles Duceppe, le parti se trouvait en profonde réorganisation. Il y a bien eu le court règne de Daniel Paillé, mais rien ne fut réglé.

Vint ensuite la course à la chefferie qui a opposé Mario Beaulieu à André Bellavance, deux visions du rôle que devrait jouer le Bloc se sont affrontées. Deux visions du mouvement indépendantiste aussi, en quelque sorte. Pour certains, le Bloc devait représenter les intérêts du Québec à Ottawa, le rôle au sens large que lui avait conféré Gilles Duceppe et qui avait fait son succès jadis.

Il y avait aussi une autre manière de voir les choses, incarnée notamment par Mario Beaulieu et ses supporteurs, celle d'un Bloc québécois comme ardent défenseur de l'indépendance, d'abord et avant tout.

Beaucoup de ceux qui trouvaient le Parti québécois frileux à cet égard ont trouvé refuge au Bloc québécois. À l'interne, pour ceux qui étaient au Bloc depuis longtemps, comme militants ou staff, cette course à la chefferie post Daniel Paillé a été celle de l'abordage du «clan Beaulieu», c’est-à-dire de l’arrivée de nombreux militants très dévoués, et ardents défenseurs d'un Bloc du «tout pour l'indépendance».
 
Toutefois, de vieilles querelles et des chocs de culture organisationnelle n'ont jamais été réglés. On est encore là dedans. Une nouvelle gang qui arrive, du nouveau staff aussi. Et une nouvelle direction.

J'imagine mal Martine Ouellet être du clan de la défense des intérêts du Québec. Avec elle, j'en suis certain, on doit pousser pour un Bloc comme vecteur de la promotion de l'indépendance. Et ça ne plaît pas à tout le monde.

Les querelles qui éclatent au Bloc québécois ne sont pas complètement étrangères aux lignes de division, aux mésententes qui existent de façon plus large au sein du mouvement indépendantiste. Des plus «étapistes» d’un côté, des «pressés» de l’autre.

En recrutant Jean-Martin Aussant au sein du PQ, le chef Lisée aidera à rapprocher les deux camps; ce que tous les nationalistes et indépendantistes devraient saluer. On peut s’attendre que le fondateur d’Option nationale aide le PQ à redevenir cette formation politique qui place la pédagogie des raisons de faire l'indépendance au premier plan.

Ce faisant, le PQ réussira peut-être à ratisser plus large que prévu. Pour autant qu’il sache éviter les pelures de banane...