/news/society
Navigation

Une petite maison disparue

1983

Avant Après
Photo courtoisie de Daniel Heikalo, La petite maison du 2106, rue Cartier, 1er janvier 1983.
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Vivre dans une boîte à chaussures

Le matin du 1er janvier 1983, Daniel Heikalo prend un cliché de cette petite maison colorée du 2106 de la rue Cartier, aujourd’hui disparue. Digne d’un décor de théâtre miniature, il ne manque que le réveil des personnages pour animer la scène. Le premier résident de cette maison construite en 1921 est Urgel Lacombe, un jeune journalier de 17 ans, le futur époux de Mlle Graziella Côté. Demeures typiques des quartiers ouvriers, les maisons boîtes à chaussures révèlent la vie vécue par ces Montréalais récemment installés en ville au tournant du 20e siècle. Tous les moyens sont bons pour économiser pour la construction de ces modestes demeures : de l’utilisation de papiers journaux pour l’isolation des murs aux « prélèvements » de madriers sur les chantiers d’usines ou même de vieux rails pour consolider la charpente. Issues de la débrouillardise de leurs premiers occupants, les maisons boîtes à chaussures, bien que petites, donnent accès à la propriété unifamiliale, et cela bien avant le modèle des banlieues de l’après-guerre.

Sur un toit Boomtown

Si la corniche reflète une allure bien montréalaise, le porche à la toiture de tôle n’a rien à envier à celui de la maison de campagne. Cette façade « postiche » est révélatrice du style Boomtown.

Comme son nom l’indique, celui-ci est né avec les villes et les villages champignons connaissant une forte croissance avec l’implantation de chemins de fer, d’industries, d’exploitations minières ou forestières. Économiques, les maisons Boomtown d’un ou deux étages sont soutenues par une charpente de bois de sciage, recouvertes de lambris de bois ou de briques et dotées d’un toit plat couronné d’une corniche ou parapet.

Au Québec, elles ont abrité des générations de familles ouvrières ou de petits commerçants. La maison de la rue Cartier loge certainement un amateur de bière en 1983, comme le montre le logo de Labatt Light Légère au centre de la corniche et celui de la Laurentide à côté de la porte de gauche.

À balconville

Ce jour de l’An sans neige découvre les pots de fleurs et le mobilier de jardin sans prétention. À Montréal, l’emplacement des maisons boîtes à chaussures sur le lot varie. Certains ont préféré édifier leur petite habitation non loin du trottoir. D’autres l’ont construite alignée sur la ligne arrière du terrain. Cela laisse place à une grande pelouse à l’avant et à un emplacement pour un stationnement. Héritier d’une ancienne tradition rurale, l’arrière du logement est un lieu privé, réservé au travail des femmes, à la cuisine, au balcon donnant sur le hangar et la corde à linge. Rejoignant l’espace public, la cour avant est une véritable extension du balcon, où prennent place les discussions entre voisins et les regards équivoques lancés aux passants. Ces espaces étant convoités en ville, la maison boîte à chaussures de la rue Cartier et sa cour disparaissent en 2011 pour laisser place à un projet de condos.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.