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«La magie m’a apporté tout ce qu’il y a de bon dans ma vie»

Luc Langevin
photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca Luc Langevin

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À 35 ans, Luc Langevin a déjà réalisé certains de ses « rêves les plus fous ». Mais l’illusionniste admet ressentir une certaine pression en rappliquant avec son nouveau spectacle, Maintenant demain. « Quand j’ai fait ma première tournée, les gens ne savaient pas à quoi s’attendre. Maintenant, ils le savent. Et ils ont des attentes. Ça change tout », déclare-t-il.

Oui, Luc Langevin est nerveux à l’idée de prendre la route autour de la province avec Maintenant demain. Il ne le cache pas. Mais il est aussi confiant. Et ça paraît.

Rencontré par Le Journal après une poignée de dates de rodage sur les rives sud et nord de la métropole, l’illusionniste estime que « la magie opère » déjà. Un constat qui a tôt fait de calmer ses angoisses des deux dernières années.

« C’est très long de créer les illusions, les tester, les peaufiner... J’y ai mis deux années, dont une à temps plein. Et tout ce temps, je me disais que je dois absolument livrer le matériel. Je n’ai pas le choix », révèle-t-il.

Avec René Richard Cyr

Pour y parvenir, l’illusionniste est allé chercher l’aide du metteur en scène René Richard Cyr, histoire de rehausser l’enrobage visuel de la tournée. Son premier et seul choix pour ce rôle. Mais il a dû travailler fort pour convaincre l’homme de théâtre de se joindre à ce projet, chose qui était loin d’être gagnée d’avance.

« Au début, il voulait refuser. La magie, ce n’est pas quelque chose qui lui parle d’emblée », se souvient Luc Langevin.

« Je voulais quelqu’un qui avait beaucoup d’expérience, mais qui n’avait jamais fait de magie. Il a finalement regardé le DVD de mon premier spectacle. Et il a vu que c’était plus qu’un spectacle de magie, qu’il y a une trame narrative importante. C’est à ce moment qu’il a accepté », ajoute-t-il.

Et où cette trame narrative mènera-t-elle les spectateurs ? Vers l’avenir, comme le laisse présager le titre, Maintenant demain. La suite logique de Réellement sur scène, sa tournée précédente, quoi.

« Dans mon premier spectacle, je racontais beaucoup comment je suis devenu l’illusionniste que je suis aujourd’hui. Mais avec Maintenant demain, j’avais envie de partir du présent. J’ai 35 ans et j’ai atteint mon but ultime, celui de gagner ma vie grâce à mon art. La magie m’a apporté tout ce qu’il y a de bon dans ma vie. Maintenant, je fais quoi ? C’est cette question qui est devenue le sous-texte de mes numéros », déclare celui qui fait carrière dans le domaine depuis aujourd’hui 10 ans.

Une approche scientifique

Tout au long de cette décennie, Luc Langevin a pourtant toujours insisté sur un point très important : la magie n’existe pas. En effet, alors que certains de ses confrères préfèrent laisser planer le doute, l’illusionniste préconise une approche logique, scientifique et rationnelle.

« C’est très contradictoire venant d’un illusionniste, mais j’ai un malaise avec le mensonge. Je n’ai jamais voulu prétendre que j’avais un don ou des pouvoirs. Alors oui, il y a toujours un truc, un secret, derrière chaque numéro », avance candidement Luc Langevin.

« Et même avec ce discours, je dois gérer des gens qui croient quand même que j’ai un don et qui viennent me demander si je peux guérir un membre de leur famille atteint, par exemple, de leucémie. Je n’imagine pas ce que ce serait si je n’étais pas aussi transparent », ajoute-t-il.

L’envers du décor

Toujours dans un souci d’authenticité, Luc Langevin lançait plus tôt cette semaine le livre La science de l’illusion. Dans cet ouvrage, il lève le voile sur les mécanismes humains et scientifiques qui se cachent derrière les numéros qu’il présente sur scène. Des techniques qu’il utilise, certes, mais qu’il a également tôt fait de reconnaître bien en dehors des salles de spectacles.

« Les magiciens utilisent des techniques pour influencer les choix des gens, pour leur faire poser un geste spécifique. Et à force de m’en servir, je me suis rendu compte qu’elles sont aussi utilisées par des vendeurs de voitures ou encore des politiciens. Elles servent à nous faire faire des achats, à voter pour des gens... Je pense que c’est important d’être conscient que ces techniques existent », explique-t-il.

Bien qu’il dévoile ainsi une partie de certains secrets bien gardés, Luc Langevin ne craint aucunement que ces nouvelles informations empêchent les spectateurs de se laisser bluffer, surprendre et émerveiller lorsqu’ils assisteront à ses prochaines illusions.

« C’est comme quand on va au cinéma. On sait que l’histoire est, dans la majorité des cas, fictive. On sait que les personnages à l’écran sont en fait des comédiens, dirigés par un réalisateur et aidés par des effets spéciaux. On sait que c’est de la frime. Mais on se laisse quand même transporter et émouvoir », illustre-t-il.


Le livre La science de l’illusion est présentement sur le marché.

Une émission spéciale soulignant les 10 ans de carrière de Luc Langevin sera diffusée le 3 mai à Radio-Canada.

La tournée s’arrêtera à la salle Albert-Rousseau de Québec du 12 au 14 avril et à la Place des Arts de Montréal les 18 et 19 avril.

Les États-Unis en 2020

Après le Québec et la France, Luc Langevin espère bien continuer à élargir ses frontières. Sa prochaine cible : les États-Unis. « Les choses vont bien pour moi ici, elles commencent à marcher en France. Ça serait dommage de m’arrêter là », confie-t-il en souriant.

Des projetsà l’étranger

L’illusionniste hésite toutefois à utiliser le mot « rêve » lorsqu’il est question d’une éventuelle carrière chez nos cousins américains. Évidemment, l’idée lui plaît assez pour qu’une stratégie commence, lentement mais sûrement, à se dessiner. Mais on décèle une certaine réserve, voire une prudence, quant à ses ambitions lorsque la conversation bifurque vers les États-Unis.

« C’est certain que j’aimerais que ça marche là-bas. Mais c’est un marché complètement différent. Alors si ça ne fonctionne pas pour moi là-bas, ce n’est pas réellement un échec. Tout ce qui s’ajoute à ce que j’ai déjà, c’est du bonus », avance-t-il.

D’ici à ce qu’il pose ses bagages au pays de l’Oncle Sam, Luc Langevin profitera de 2019 pour continuer sa conquête de la France. À pareille date l’an prochain, il compte aller présenter son spectacle Maintenant demain à Paris, où sa popularité naissante continue de grandir. Une émission spéciale, tournée récemment, devrait également être diffusée d’ici là.

Bien qu’il n’estime pas avoir encore atteint le statut de véritable star de l’autre côté de l’Atlantique, l’illusionniste avoue tout de même commencer à s’habituer au vedettariat français, bien différent de celui du Québec.

« Les vedettes en France sont mises sur un piédestal ; elles deviennent des demi-dieux. Alors là-bas, quand les gens t’aiment, ils veulent un morceau de toi. Tu as beau signer des autographes et prendre des photos avec les gens après les spectacles, il y en a qui vont quand même t’attendre à la sortie et vouloir aller prendre un verre avec toi. Il faut apprendre à dire non. Je n’ai jamais vécu ça ici, au Québec », relate-t-il.

Les trois moments marquants de sa carrière

2010

Sa première émission spéciale Comme par magieSpécial artistes

« Les cotes d’écoute ont explosé, Radio-Canada s’attendait à avoir autour de 300 000 auditeurs, mais on a fait trois fois ça. Ils ont aussitôt commandé une deuxième émission spéciale à être diffusée deux mois plus tard. C’est à ce moment-là que je me suis dit que ma carrière était officiellement lancée. Ça venait de décoller. »


2013

La première représentation de son spectacle Réellement sur scène

« Je faisais de la télévision depuis cinq ans, mais c’était la première fois que je montais sur scène. Ça a été le moment le plus stressant de toute ma vie. Je me faisais des scénarios où je me disais que si les gens étaient déçus, ils se diraient que tout ce que je fais à la télévision est arrangé. Alors quand j’ai entendu les applaudissements pour la première fois, j’ai ressenti une fierté incroyable. »


2016

Sur le plateau de Vivement dimanche avec Michel Drucker

« Je n’oublierai jamais le moment où je suis allé faire un numéro où je rajeunissais sur le plateau de Michel Drucker, en France. Évidemment, c’est une illusion, je ne rajeunis pas pour vrai, alors il y avait un jeune garçon qui faisait ma doublure. Après le tour, dans la loge, on s’est serrés très fort dans nos bras. C’est un moment qui est gravé dans ma mémoire pour toujours. »

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