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Les bienfaits du doute

Martine Ouellet
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI Martine Ouellet

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Le parti Progressiste-Conservateur ontarien est en proie au pire déchirement de la scène politique canadienne en ce moment. Ce qui se passe au Bloc? De la petite bière à côté de ce qui arrive en Ontario.

La course à la chefferie de ce parti s’est soldée en fin de semaine de la pire des façons, c’est à dire dans la confusion complète. Un score si serré que le dévoilement du gagnant, Doug Ford, s’est fait avec quatre heures de retard suite aux contestations répétées de la députée Christine Elliott en seconde place par une très courte marge.

Une salle vide, des réseaux de télé qui avait coupé à autre chose depuis longtemps et un vainqueur qui s’est adressé à une poignée de supporteurs alors que la candidate défaite jurait de contester le résultat de toutes les façons possibles.

Si vous ne suivez pas la politique provinciale ontarienne de façon assidue, vous ne savez peut-être pas que le gouvernement libéral de Kathleen Wynne est usé jusqu’à la corde, conséquence de 15 années de gouvernance dont, visiblement, la population ne veut plus. Ça vous sonne des cloches?

Malgré les déboires des Progressistes-Conservateurs (PC) depuis plusieurs semaines, ces derniers trônent au sommet des sondages de façon très nette depuis le début de l’année par une moyenne de 15 points.

Mais comme on l’a vu lors de la dernière campagne électorale fédérale, aucune avance n’est «confortable» et l’humeur de l’électorat peut changer comme un coup de vent. Parlez-en à Thomas Mulcair. N’en parlez surtout pas à François Legault par contre.

On imagine la scène. Des gens du parti PC qui négocient dans l’ombre et qui tentent par tous les moyens de convaincre la candidate déchue Christine Elliott de ne pas lancer le parti dans une longue débâcle qui pourrait lui couter l’élection. Une élection à sa portée.

Car si Mme Elliott jurait encore ce matin qu’elle contesterait le résultat, arguments à l’appui, on a appris en fin de journée qu’elle abandonnait l’idée et qu’elle se rangeait plutôt derrière le vainqueur.

Aurait-elle douté?

On dit qu’elle a préféré placer les intérêts de son parti avant ses propres prétentions d’avoir raison que de graves irrégularités auraient entaché le vote à la chefferie. Mais lancer le parti dans une saga judiciaire à ce moment-ci, à quelques mois des élections (début juin), aurait certainement des conséquences électorales.

Entre l’entêtement et le doute...

L’entêtement de Christine Elliott aurait assurément entrainé des conséquences électorales. Normal, les électeurs finiraient par se détourner d’un parti en proie aux déchirements au moment même où il s’apprête à leur demander de lui confier le pouvoir.

Vous me voyez venir avec mes grands chevaux. Vous avez bien raison.

Le Québec se trouve lui aussi à quelques mois d’un rendez-vous électoral. Et l’entêtement d’une politicienne qui s’est trouvée à cheval entre l’Assemblée nationale et la Chambre des communes pourrait bien avoir des conséquences électorales. Pour le mouvement indépendantiste notamment.

Martine Ouellet ne doute pas. Elle fonce. Sa pugnacité lors de la première course à la chefferie à la suite de l’élection de 2014 m’a beaucoup plu. Assez pour que je devienne membre du PQ pour la première fois de ma vie afin de l’appuyer. Lors de la seconde course, je l’ai appuyé encore.

J’hésiterais aujourd’hui.

La pugnacité, les saines convictions ont fait place à l’entêtement. Celui de ceux qui ne doutent plus. Cet entêtement qui mène à ne plus considérer les paramètres d’analyse en dehors de ce fait qu’ils sont certains d’avoir raison.

La situation actuelle devrait inciter la cheffe du Bloc québécois à la réflexion. Bien que les échantillons soient souvent petits, les sondages récents pointent tous vers la même direction, le Bloc est 4e au Québec. À 12% selon le Léger de la fin de semaine, il risquerait de disparaître. Complètement.

Les tiraillements du Bloc affecteront inévitablement le Parti québécois. Le mouvement indépendantiste étant ce qu’il est, ce sont des vases communicants. Reste à voir comment.

Comme l’écrivait l’un de mes contacts favoris sur Twitter avec beaucoup de justesse, «En trois mois au Québec deux partis politiques indépendantistes se sont autopeluredebananisés, Option nationale et le Bloc québécois».

Ça devrait déjà en porter plusieurs à réfléchir un peu sur la marche à suivre pour la suite.