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Controverses sikhes: une proximité religieuse risquée pour Jagmeet Singh au Québec

Controverses sikhes: une proximité religieuse risquée pour Jagmeet Singh au Québec
BORIS PROULX / AGENCE QMI

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OTTAWA | Les révélations des derniers jours sur la présence de Jagmeet Singh dans des événements où gravitent des éléments sikhs radicaux montrent une proximité religieuse qui risque de repousser les électeurs québécois, selon plusieurs observateurs.

«La controverse joue sur son appartenance religieuse, et c’est sa grande faiblesse. Ça va refroidir les Québécois, c’est certain», a tranché le sondeur Jean-Marc Léger en entrevue.

En 2015, le sikh pratiquant Jagmeet Singh a pris part à un rassemblement à San Francisco qui rendait notamment hommage à Jarnail Singh Bhindranwale, le chef d’un groupe extrémiste assassiné en 1984, a révélé cette semaine «The Globe and Mail». Une autre vidéo, tournée en 2016 lors d’un séminaire sur l’indépendance sikhe, a ensuite fait surface: on y voit M. Singh aux côtés d’un militant légitimant le recours à la violence.

Le chef du Nouveau Parti démocratique s’est défendu en disant qu’il avait pris part au rassemblement «en tant que défenseur des droits de la personne» et qu’il respectait le principe d’autodétermination des peuples. «Je condamne tous les actes de terrorisme partout dans le monde», a insisté M. Singh dans une déclaration et dans plusieurs entrevues subséquentes.

Les croyances avant la politique?

S’il est trop tôt pour dire à quel point l’affaire va nuire aux appuis de Jagmeet Singh, M. Léger croit que cela fragilise les récents gains faits par le chef à la suite notamment de son passage à «Tout le monde en parle».

Le sondage Léger-Le Journal de Montréal publié la semaine dernière montrait que 31 % des Québécois se disaient satisfaits du leader du NPD. Depuis son élection à la tête du parti en octobre dernier, il a tendu la main au Québec, un terreau stratégique à reconquérir pour sa formation.

Même si le parti pris de M. Singh pour l’autodétermination des peuples le rend sympathique au Québec, un ancien stratège du NPD a confié à micro fermé que les révélations des derniers jours ravivaient la crainte de voir la religion prendre le dessus sur ses politiques.

Déjà poursuivi par la question des signes religieux ostentatoires, Jagmeet Singh doit maintenant rassurer sur son histoire politique au sein de la communauté sikhe, a observé la même source.

Rassurer la population

Le député néodémocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin, ne croit pas que la controverse entourant le séparatisme et le terrorisme sikhs minera les chances de son chef au Québec, car il a toujours «porté le message de la non-violence».

«Quand les gens vont comprendre ça, ils vont être rassurés», a dit M. Aubin en entrevue avec TVA Nouvelles.

Il a été impossible d’obtenir une entrevue avec Jagmeet Singh vendredi. Durant la course à la chefferie du NPD, il s’était dit convaincu que la question des signes religieux ne lui nuirait pas au Québec et qu’il faisait confiance à l’ouverture d’esprit des Québécois.

Une interprétation que ne partage pas du tout le politologue à l’UQAM et spécialiste du NPD, André Lamoureux. «Jagmeet Singh ne passera jamais la rampe au Québec. Les Québécois se sont battus pendant 60 ans pour la laïcité, ils ne veulent pas d’un chef aussi fortement associé à un courant religieux», a affirmé le professeur.