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L’héritage de mai 68

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Photo d'archives, AFP

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Dans quelques semaines, on célébrera le 50e anniversaire de mai 68.

Et si on analysait les slogans les plus populaires de l’époque, afin de comprendre ce qu’il reste de ce printemps agité ?

Jouir sans entraves

Ces trois mots résument tout. Mai 68 n’était pas un mouvement politique, mais un mouvement ludique.

Sexe, drogues, révolte : l’individu voulait s’éclater sans limites. Cinquante ans plus tard, on ressent encore l’onde de choc de ce big bang.

Après s’être attaqué à la religion, à la morale et au patriarcat, on veut maintenant faire sauter un autre verrou qui empêche l’individu de vivre comme il l’entend : l’identité.

Non seulement ai-je le droit de jouir sans entrave avec qui je veux, mais j’ai le droit de choisir qui je suis !

Genre, nationalité, race : l’identité, cette prison de l’âme, devient de plus en plus floue. Grâce au bistouri, on peut même changer notre âge et se libérer de l’emprise du temps !

Prochaine limite à éradiquer : l’espace, avec l’hyperloop qui nous permettra de faire Montréal-Toronto en 39 minutes.

En attendant le remède contre la dernière entrave de la vie : la mort.

Il est interdit d’interdire

Il y a un demi-siècle naissait l’individu roi. Je, me, moi.

Interdit de m’interdire quoi que ce soit, interdit de m’obliger à faire quoi que ce soit, interdit de me dire Non.

J’ai le droit. TOUS les droits.

Depuis, nos ego ne cessent de gonfler et de prendre de l’expansion. Enfants rois, parents rois, politiciens narcissiques accros aux tweets et aux selfies, adultes égocentriques rivés sur leurs écrans à compter les LIKE en bas de leur statut Facebook...

Tout le monde a des droits, plus personne n’a de devoir et chacun tire la couverture de son bord.

Ne vous demandez plus ce que vous pouvez faire pour votre pays, mais ce que votre pays peut faire pour vous.

Je veux avoir plus de services, mais payer moins d’impôts. Et je veux vivre en toute sécurité sans être surveillé ni faire mon service militaire.

Mai 68 a sonné la fin du contrat social et le début de l’individualisme.

CRS = SS

Les CRS sont les policiers antiémeutes français. À l’époque, les révolutionnaires de salon les comparaient aux nazis – une contorsion intellectuelle d’une bêtise sans nom.

Cinquante ans plus tard, les flics de Paris se font cracher au visage, et les manifestants contre la brutalité policière se comportent comme des brutes tous les 15 mars.

C’est l’un des plus importants héritages de mai 68 : la méfiance envers les figures d’autorité. Politiciens, policiers, prêtres, businessmen, journalistes – on ne croit plus personne et tout le monde en prend pour son rhume.

Pas étonnant que la messe du dimanche soir soit animée par un humoriste : aujourd’hui, on se moque de tout et le sarcasme est notre nouveau missel.

Élections, pièges à cons

À quoi ça sert de voter ? De toute façon, ce sont tous des crosseurs, alors...

Devant ce défilé de « blancs bonnets, bonnets blancs », de plus en plus de citoyens ne se rendent plus aux urnes ou alors votent blanc (c’est-à-dire : annulent).

Il y a 50 ans, une épidémie dangereuse commença à déferler sur l’Occident : le cynisme.