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L'impuissance des panneaux

Pourquoi diminuer la limite de vitesse ne fait pas ralentir les automobilistes

L'impuissance des panneaux
Photo d’archives

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Sur l’autoroute, il y a habituellement une limite de vitesse officielle de 100km/h et officieuse autour de 120 km/h. Faut-il corriger le panneau pour respecter la réalité ?

Périodiquement cette question refait surface. La semaine dernière, un député du Parti québécois, Martin Ouellet, disait vouloir «mettre fin à l’hypocrisie» et permettre la circulation à 120 km/h sur certaines portions d’autoroute.

Une bonne idée ? J’ai interrogé à ce sujet une spécialiste de la sécurité routière, Lynda Bellalite, professeure à l’Université de Sherbrooke. Une chose ressort de son propos : nous surestimons l’influence des limites de vitesse. C’est d’abord la route, son allure, sa conception, qui dicte la vitesse du conducteur.

Vitesse de conception

«La raison pour laquelle on a tendance à aller plus vite que 100 km/h sur l’autoroute au Québec, c’est que sa vitesse de conception était de 160 km/h, explique Mme Bellalite. La largeur de la plateforme, des voies et de l’accotement, les zones de reprise, la pente réduite au minimum et le volet rectiligne de nos autoroutes sont caractéristiques d’une vitesse de conception de 160 km/h. On peut circuler à 160 km/h en fonction des propriétés qu’elle a.»

Hausser la limite à 120 km/h ne changerait probablement pas les habitudes de conduites, selon Mme Bellalite : «Est-ce que les gens se mettraient à conduire en moyenne à 140 km/h ? J’en doute. En revanche, ça réduirait le nombre de contrevenants. Ce serait plus cohérent.»

Jouer avec les perceptions

Mme Bellalite enseigne depuis 25 ans qu’il faut remodeler la route afin que la vitesse pratiquée égale la vitesse affichée : «Le conducteur est essentiellement une personne instinctive qui se fie beaucoup à sa perception. Dans certains quartiers où la limite de vitesse a été abaissée sans que la rue soit modifiée, on a découvert que non seulement les gens ne roulaient pas moins vite, mais que les habitants n’étaient pas eux mêmes au courant du changement.»

Le seul moyen de ralentir la circulation sur l’autoroute (où les dos-d’âne sont exclus), c’est de rétrécir les voies, de diminuer «l’emprise visuelle» des conducteurs, notamment en laissant pousser la végétation sur les bords, et de faire en sorte que la route soit plus sinueuse, donc moins prévisible. «Le gouvernement pourrait imposer aux constructeurs des moteurs bloqués à 100 km/h, mais, politiquement, personne n’ose.» Enfin, il y a une chose que changerait Mme Bellalite immédiatement sur l’autoroute, c’est la limite minimale de 60 km/h : «C’est aberrant ! Avant de penser à hausser à 120 km/h, débarrassons-nous de cet écart de 40 km/h entre la vitesse minimale et maximale.»