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Marie-Maude Denis dans le box avant Jean Charest?

Jean Charest et Philippe Couillard
ANNIE T. ROUSSEL/JOURNAL

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«Quand les bandits sont au pouvoir, la place d'un honnête homme est en prison» a déjà dit le syndicaliste Michel Chartrand. 

Se pourrait-il que la journaliste d’enquête Marie-Maude Denis, celle par qui nombre de détails de la corruption et de la corruption au Québec ont été déclinés devant nos yeux hagards, soit contrainte d’aller témoigner dans un box avant Jean Charest?

Dites-moi que je rêve. Un cauchemar plutôt.

C’est pourtant ce que rapporte le journaliste Jean-Luc Lavallée dans le Journal de Québec. Dans le cadre du procès de Marc-Yvan Côté et Nathalie Normandeau, celle qui fut journaliste puis à la barre de l’émission Enquête sera sommée de dévoiler ses sources en lien avec deux reportages bien précis. Et si Marie-Maude Denis refuse de répondre aux questions, elle risque l’outrage au tribunal.

C’est scandaleux.

Et pendant ce temps, ceux qui ont été nommés à la commission Charbonneau, ceux qui ont fait l’objet de nombre de dénonciations quant à leurs actions passées, ceux qui sont soupçonnés d’avoir floué la population à grand coup de stratagème de collusion qui nous auront coûté des milliards, ceux-là s’en tirent à bon compte.

Arrêt Jordan par-ci, plaidoyer de culpabilité et sentence bonbon par-là, quand ce n’est pas tout simplement une apparence malsaine de complaisance de justice à leur endroit.

Il faut avoir échangé avec Lino Zambito ou Luigi Coretti pour comprendre un peu de cette frustration. La leur, la nôtre aussi.

Lino Zambito a surpris tout le monde en y allant de sa révélation explosive au micro de Benoit Dutrizac selon laquelle des gardes de sécurité auraient transporté des centaines de milliers de dollars en cash dans la voiture de fonction du PM Charest. 

Ce que les gens ne savent pas, c’est que les conditions strictes de libération conditionnelle de Zambito l’exposaient à de graves conséquences s’il devait induire la justice en erreur et mentir en de pareille circonstance. L’ex-témoin vedette de la Commission Charbonneau m’a révélé, en ondes, à plus d’une reprise, que si ses dires étaient faux, Jean Charest l’aurait poursuivi.

On connaît la suite. Cogeco fera disparaître rapidement, dans la même journée, l’entrevue de Zambito au micro de Dutrizac (ainsi que toutes les entrevues menées dans la même journée de parlementaires à Québec qui avaient réagi à ces révélations explosives). Benoit Dutrizac perdra son micro et le boycottage du show du midi à Cogeco par les députés et ministres du PLQ prendra fin.

Parlant de Luigi Coretti, il en aurait eu long à dire sur l’influence de ses anciens amis libéraux. Lors d’une entrevue avec notre Bureau d’enquête l’an dernier, il s’était vidé le cœur.

« Coretti se dit convaincu que les procédures judiciaires se sont éternisées, car des questions politiques sensibles y étaient liées.

Il explique que ces retards ont commencé à se multiplier lorsqu’il a signifié sa volonté d’assigner Jean Charest et Jacques Dupuis à témoigner. »

La couronne abandonnera finalement toutes les accusations contre lui. C’est bien fait la justice quand même non? Un jour on t’arrête pour fraude, le bras droit du premier ministre (Pietro Perrino) actuel a déjà dit de toi qu’il espérait te voir en prison, puis comme tu décides que ton procès sera le moment de vider ton sac sur tout ce que tu sais sur ce monde pourri, la couronne te déleste de toute accusation.

Une petite dernière. La fois où le député Amir Khadir, hors de son immunité parlementaire, a défié Jean Charest de le poursuivre...

Pourquoi?

Car Amir Khadir a accusé Jean Charest « d’être le suspect numéro un» des crimes qu’aurait commis le Parti libéral du Québec. Rien de moins.

« Je soupçonne qu’il a été à la commande de la machine qui a commis ces crimes. Je soupçonne que c’est lui qui décidait, en dernier lieu, que, oui ou non, on opérait comme ça. Je soupçonne donc que les choses qu’a faites Nathalie Normandeau et qui ont conduit l’Unité permanente anticorruption à l’accuser en matière criminelle relèvent aussi de M. Charest ».

Et bien nous y sommes à ce procès de Nathalie Normandeau. Jean Charest a-t-il été embêté par qui que ce soit? Rien ne l’a empêché de se présenter, l’air triomphant, au congrès de son parti sous les applaudissements chauds et nourris de militants libéraux en liesse...

À travers tout ça, une constante; tout a été fait pour que Jean Charest ne soit jamais contraint de témoigner. Et lui-même n'a jamais poursuivi ceux qui ont attaqué sa probité. 

Et pendant ce temps, c’est Marie-Maude Denis qui sera dans le box en premier, contrainte de révéler ses sources. C'est tout de même ironique que l'UPAC, cette créature mise sur pieds par Jean Charest, semble avoir plus de succès dans la chasse aux sources journalistiques que dans la chasse aux filous!

Tout simplement infect.

Mais rien de tout cela ne me surprend. Ne vous ai-je pas déjà dit ce que je pensais de ce système de justice digne d’une république de bananes...