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Incapable de récupérer les 700$ de son mari décédé

Une septuagénaire se bat depuis une année avec PayPal pour fermer le compte

Claudette Larocque a envoyé 13 pages de documents à PayPal pour prouver le décès de son mari et récupérer l’argent, sans succès.
Photo Marie-Ève Dumont Claudette Larocque a envoyé 13 pages de documents à PayPal pour prouver le décès de son mari et récupérer l’argent, sans succès.

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Une femme de 73 ans se dit incapable de faire son deuil, car elle se bat depuis près d’un an avec l’entreprise de paiement en ligne PayPal pour récupérer les 700 $ qui se trouvent dans le compte de son mari décédé.

« C’est un stress immense pour moi. Ça repousse le temps où je pourrai passer à autre chose parce que c’est la dernière chose qui me reste à régler pour la succession de mon mari », raconte Claudette Larocque, qui a perdu son conjoint en mars 2017 après 35 ans de mariage.

Mme Larocque soutient avoir appelé plus d’une trentaine de fois la compagnie PayPal depuis l’an dernier afin que l’argent qui dort dans le compte de son mari soit transféré dans le sien.

Mme Larocque n’a jamais eu accès au compte de son époux depuis sa mort. Il est en quelque sorte gelé depuis l’an dernier. Impossible donc pour elle de tenter de dépenser l’argent pour le vider.

PayPal lui a demandé une batterie de documents pour prouver le décès de son mari afin d’effectuer le virement et de fermer le compte.

13 pages

« J’ai envoyé 13 pages de documents, l’acte de décès, certificat de mariage, testament, nos deux cartes d’identité, ce n’était jamais assez. Je n’ai jamais envoyé autant de papiers pour fermer ses autres comptes et ça n’a pris qu’un ou deux mois pour régler tout le reste », soupire la septuagénaire.

Il a même fallu qu’elle les renvoie trois fois parce qu’ils avaient été perdus par la compagnie ou les employés disaient ne pas les avoir reçus.

Lors de chaque appel ou échange par courriel ou sur Facebook, elle a parlé à une personne différente chez PayPal, impossible donc de pouvoir faire un suivi.

« On m’a dit plusieurs fois que tout devrait être réglé et qu’on me rappellerait dans la journée alors que ça n’a jamais été fait. Quand je demandais un numéro pour pouvoir parler à la même personne, on me disait que ce n’était pas possible », relate-t-elle, découragée.

« C’est mon argent »

Mme Larocque a pensé plusieurs fois à laisser tomber, fatiguée de multiplier les appels et les démarches sur internet alors qu’elle n’est pas très habile derrière un écran en plus d’être durement touchée par son deuil.

« Je commence un peu à me remettre de son décès, mais ça ne finit pas. C’est mon argent, je ne veux pas le laisser à une compagnie milliardaire », insiste-t-elle.

Une fois rejoint par Le Journal, PayPal a assuré que le cas de Mme Larocque était une « priorité absolue » et qu’il travaillait déjà avec elle pour trouver une solution rapidement.

 

Les géants d’internet doivent être vigilants

« Les grosses compagnies ne font malheureusement pas la distinction entre une personne qui veut frauder et une autre qui est décédée », affirme Steve Waterhouse, expert en sécurité informatique.

Steve Waterhouse, <i>expert sécurité informatique</i>
Photo courtoisie, www.afiexpertise.com
Steve Waterhouse, expert sécurité informatique

Les géants du web comme PayPal n’ont d’autre choix que d’être vigilants pour assurer la sécurité des comptes de leurs clients puisque les tentatives de fraude sont courantes, explique M. Waterhouse. Le fait que ces entreprises fassent affaire un peu partout dans le monde, où les documents officiels et les règles sont différents, ajoute à la complexité des dossiers.

« Ces compagnies sont systématiquement exposées à la fraude. Elles ne veulent pas se faire poursuivre parce qu’elles auraient autorisé un pirate à prendre l’argent du compte. Il faut que ce soit étanche. C’est donc normal de demander des preuves. Elles doivent se faire tout le temps soumettre des documents contrefaits », insiste le spécialiste.

Ajout au testament

Il n’est cependant pas normal d’avoir un délai d’un an pour fermer un compte, affirme M. Waterhouse.

« Je suis surpris que ça prenne autant de temps. C’est du zèle ou un délaissement », croit-il.

Pour éviter de tels problèmes, M. Waterhouse estime qu’il serait grand temps d’inclure des informations sur ses comptes électroniques dans les testaments.

« Il n’est pas bête de penser dans la modernité. Un testament devrait inclure les codes d’accès, la liste des mots de passe et une procuration signée pour autoriser une personne à accéder à nos comptes à notre mort. On pourrait aussi y inclure ce qu’on souhaite qu’il arrive avec ceux-ci, si on veut que ce soit une page in memoriam par exemple », suggère l’expert.