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De l’utilité des fissures

<i>Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures/Dialogue avec Denis Lafay</i></br>
Jean Ziegler</br>
Éditions L’aube
Photo courtoisie Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures/Dialogue avec Denis Lafay
Jean Ziegler
Éditions L’aube

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Le verdict est sans appel : l’utopie se meurt, mais en même temps, les fronts de résistance se multiplient dans les nouvelles organisations de la société civile, occasionnant des fissures dans le clan des prédateurs. Il y a donc de l’espoir, même si nos capacités de dénonciation et de questionnement semblent diminuer.

Il existe un pouvoir, dit Ziegler, – paraphrasant Benjamin Franklin, un des rédacteurs du préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis qui fondera par la suite la Déclaration des droits de l’homme de la France – et c’est l’immense pouvoir de la honte. C’est « une arme redoutable pour combattre l’incapacité juridique des organisations des droits de l’homme de sanctionner les violations puis d’appliquer la punition ». Un peu à la manière du mouvement « Moi aussi ».

L’impunité

Démasquer publiquement les criminels, les pollueurs et les fraudeurs des paradis fiscaux s’avère une solution efficace à l’impunité. Démasquer ce 1 % qui possède des valeurs patrimoniales supérieures à celles des 99 % restants. « Un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou de ses suites immédiates toutes les cinq secondes », n’est-ce pas suffisamment honteux ? La honte ne se boit pas si facilement lorsque la condamnation devient populaire et générale.

Pour Ziegler, quand il s’agit de la protection des droits de la personne, il n’existe ni bon ni méchant, tous sont tenus à un minimum de respect de la vie d’autrui. Comment peut-on, d’un côté, condamner la torture et l’arbitraire et, d’un autre, se retirer, comme l’ont fait les États-Unis, des traités interdisant l’usage de la torture ou maintenir la base de Guantanamo, à Cuba, où prévaut l’absence de tout droit élémentaire pour ceux qui y sont détenus ?

Qu’est-ce que cela signifie, en pratique ? « Que les États-Unis ­(re)légitimisent les pratiques inhumaines, nivellent et alignent leur comportement, leur philosophie, leur éthique, sur ceux des terroristes qu’ils pensent museler par la torture. » Ce pays perd alors toute légitimité et ­alimente ainsi la propagande terroriste, chaque écart, chaque bévue étant alors instrumentalisés.

Cheval de bataille

Depuis des décennies, Ziegler a fait de l’éradication de la faim dans le monde son principal cheval de bataille. Il veut que le droit à l’alimentation soit reconnu comme un droit fondamental et que la faim soit combattue au même titre que les persécutions religieuses, ethniques et politiques. Il n’y a aucune différence entre celui qui meurt de la faim et celui qui meurt assassiné par un tortionnaire ou un escadron de la mort.

Face à la question : L’islam représente-t-il « un obstacle à l’universalité des droits humains, un obstacle à un ordre mondial équilibré et apaisé ? » Ziegler se fait prudent. On ne peut, dit-il, assimiler l’islam « aux dérives fondamentalistes incarnées par les talibans, les disciples fous d’Al-Qaeda, de Boko Haram ou de Daesh ». Il souligne que des pays musulmans comme l’Iran, la Turquie ou l’Arabie saoudite, entre autres, ne reconnaissent pas l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 sur la liberté de religion. « Se convertir à une autre religion est considéré comme un acte d’apostasie et puni de la peine de mort. »

On sent par contre que ses fonctions au sein des organismes humanitaires onusiens l’empêchent de prendre parti en faveur d’une civilisation au détriment d’une autre. Le rappel des exactions passées, alors que « l’Europe était le terrain de combat de tribus barbares », peut-il nous empêcher de condamner fermement l’islam rigoriste que les salafistes et autres wahhabites tentent d’imposer un peu partout, bien en dehors de leur zone de confort ?

Finalement, sa profession de foi en une « détermination supérieure » a de quoi surprendre, après sa dénonciation des injustices commises par des humains contre d’autres humains.