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«Monsieur» et «Madame» à Service Canada: un Canada totalement asexué?

Russel-Aurore Bouchard
Photo courtoisie Russel-Aurore Bouchard

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Tant qu’à être fou, c’est comme ça que j’aime ça ! Bravo, Justin, tu viens de te surpasser !

En tant que membre du cercle très restreint des femmes trans, je trouve la décision de Service Canada sur le genre complètement débile ! Il faut vraiment n’avoir aucun projet de société à proposer à notre pays pour en être rendu là !

Après avoir déclaré à la face du monde que le Canada était le premier pays de l’histoire de l’humanité à ne pas avoir d’identité, après avoir fait un fou de lui en s’affublant comme un clown partout où il se produit, voilà que le gamin pas très futé que nous avons élu comme premier ministre s’applique à réduire notre humanité à un monde peuplé de licornes, désincarné, sans genre et asexué. Pour cultiver la confusion et ajouter un étage de plus à la tour de Babel, c’est la recette parfaite.

Permettez que je vous dise : vous l’avez voulu, vous lui avez donné les clés du Parlement, vous l’avez adulé comme un phénix alors qu’il n’y avait rien entre les deux ailes. Ne vous en prenez qu’à vous ! En deux ans et demi, ce gamin a fait reculer le Canada comme jamais un gouvernement n’avait réussi à le faire avant lui.

De grandes avancées

Comprenez-moi bien. Les trans ne sont même pas 1 % dans ce pays et ils ont avancé, au chapitre de l’acceptation sociale à cet égard, comme dans aucun pays au monde. Pour le confort de tous, nous avons socialement accepté les changements de genre dans les actes de l’État civil. Depuis 2011, le Québec prend en charge les opérations de réattribution de sexe et s’enorgueillit d’avoir l’une des meilleures cliniques du genre au monde. Nous avons réglé l’épineuse question des toilettes publiques et nous protégeons les droits de tous ceux et celles qui affirment une différence, quelle qu’elle soit. Ce n’est pas rien. Ce que nous avons accompli est énorme. La société a fait un pas de géant et c’est admirable. Nous (les trans) sommes maintenant normalisés dans l’ensemble de la société, qu’on vive à Terre-Neuve, au Nunavut ou à Vancouver. Il faut, en cela, nous féliciter et éviter de pousser le bouchon trop loin.

Mon avis : commençons par apprécier ces avancées révolutionnaires et félicitons-nous que tout se passe si bien. Maintenant que nous avons gravi ensemble ce sommet de l’Everest sociétal, laissons-nous un peu de temps pour digérer tout ça et considérons qu’il y aura toujours, dans nos sociétés, autant d’hommes que de femmes, des mamans et des papas, des grands-mamans et des grands-papas qui travaillent dur pour laisser un « patrimoine », et il y a, parmi tout ça, une infime proportion de gens qui devront faire un effort supplémentaire afin de rendre leur genre conforme à leur sentiment de figurer dans le groupe humain.

Le genre n’est pas une illusion

Pour ma part, le plus important, c’est d’avoir réussi à donner le meilleur de moi-même à ma société dans le temps que j’habitais le monde des hommes et depuis que je partage celui des femmes. Je n’ai pas fait tous ces sacrifices, tous ces efforts pour me faire dire que le genre n’est qu’une illusion. Ceux qui voudront vous faire croire cela sont soit des menteurs, soit des idiots. Et dans le cas qui nous occupe, je crois que c’est le second qui en est la cause...

– Russel-Aurore Bouchard est écrivaine et historienne