/weekend
Navigation

Un rôle plus grand que nature

Un rôle plus grand que nature
Photo COURTOISIE Films Séville

Coup d'oeil sur cet article

Pour son premier vrai rôle au cinéma, Debbie Lynch-White pouvait difficilement demander mieux : c’est un personnage plus grand que nature que l’actrice a eu la chance de jouer en se glissant dans la peau de La Bolduc.

« Je suis vraiment chanceuse parce que je considère que j’ai été à la bonne place au bon moment pour obtenir ce rôle, confie Debbie Lynch-White, en entrevue au Journal.

« Il s’est passé quelque chose de magique. Les astres étaient alignés pour que ce soit moi qui joue ce personnage. À ma grande surprise, j’ai d’ailleurs été la seule qui a passé l’audition.

« Si le film avait été fait il y a dix ans, je n’aurais probablement pas pu jouer le rôle. Si c’était dans dix ans, ça n’aurait probablement pas été moi non plus. Le film suit La Bolduc de 19 ans à 46 ans, alors je suis présentement au bon âge pour la jouer.

« Il y a eu une vraie rencontre entre le personnage de La Bolduc et la personne que je suis aujourd’hui, mon énergie, ce que je suis physiquement. J’espère que je vais avoir l’occasion d’avoir un autre beau rôle comme ça dans ma carrière, mais je suis très consciente que c’est possible que ça soit arrivé juste une fois. »

Sentir la pression

Debbie Lynch-White admet qu’elle a ressenti une grande pression à incarner à l’écran une légende comme La Bolduc, qui a été désignée personnage historique du Québec à l’occasion du 75e anniversaire de sa mort, il y a deux ans.

« C’est sûr que j’y ai pensé, mais assez rapidement dans le processus, j’ai vite statué que c’était ma Bolduc, indique l’actrice.

« Il n’y a qu’une Bolduc et ce n’est pas moi. Je ne suis pas une imitatrice, je suis une actrice. En acceptant cela, je me suis enlevé beaucoup de pression. Le réalisateur était aussi totalement d’accord avec cela. Il voulait que ce soit notre interprétation de La Bolduc. C’est un personnage mythique et j’ai essayé de la rendre du mieux que je pouvais. Mais à partir de là, ce n’est plus de mon contrôle. »

Elle a tout de même eu droit à un conseil d’Antoine Bertrand, qui avait lui aussi vécu ce genre de pression en prêtant ses traits à Louis Cyr :

« J’ai croisé un jour Antoine par hasard et il m’a raconté qu’avant de jouer Louis Cyr, il avait demandé à Guillaume Lemay-Thivierge s’il avait un conseil à lui donner. Guillaume lui avait répondu : “Une scène à la fois”. C’est simple, mais je me suis servi de ça pendant tout le tournage. Si tu penses à tout le mois de tournage en entier, ça donne le vertige. Mais si tu y vas une scène à la fois, ça enlève de la pression.

« Au final, je suis très fière de ce qu’on a fait. La Bolduc est dans ma vie depuis trois ans. Le tournage, c’était beaucoup de travail, mais c’était aussi une partie du bonbon. Là, la sortie du film est comme le reste du bonbon. J’ai juste hâte de le partager avec les gens. »

Deux ans de préparation

Il s’est écoulé plus de deux ans entre le moment où Debbie Lynch-White a obtenu le rôle de La Bolduc et le premier jour de tournage du film. Cette longue période d’attente a permis à l’actrice de bien prendre le temps de s’imprégner du personnage.

Cours d’harmonica, de violon, de chant et de turlute, pèlerinage à Newport en Gaspésie pour visiter le village natal de La Bolduc, rencontres avec les descendants de Mary Travers et avec sa fille Fernande Bolduc... En plus d’avoir perdu une quarantaine de livres pour le tournage du film, Debbie Lynch-White n’a pas lésiné sur les efforts pour se glisser dans la peau de La Bolduc.

« Ça n’arrive pas souvent au Québec qu’on ait la chance de prendre le temps de se préparer de la sorte pour un rôle, observe l’actrice.

« J’ai fait un an et demi de préparation à temps partiel, puis six mois de façon plus intense avant le tournage. J’ai passé des soirées entières sur mon violon à apprendre à jouer cinq reels irlandais. Ç’a été la chose la plus ardue à apprendre pour moi.

« Apprendre à turluter a été un peu plus facile pour moi. J’ai beaucoup écouté le répertoire de La Bolduc. Comme il n’y a aucune entrevue parlée d’elle, je sentais que son répertoire musical était ma porte d’entrée pour comprendre ce qu’elle était, sa voix et son énergie. On sent dans ses chansons son humour, son entrain, son côté engagé et très franc. Je me suis beaucoup rattachée à ses chansons pour me l’imaginer. »

Debbie Lynch-White s’est aussi nourrie de toutes les informations qu’elle pouvait obtenir sur la femme qu’était Mary Travers.

« Tout ce que je connaissais d’elle avant de lire le scénario du film, ce sont ses trois chansons les plus connues, soit La Bastringue, Le Jour de l’An et J’ai un bouton sur la langue.

« J’ai donc lu des livres sur elle, je suis allée rencontrer sa fille Fernande, qui m’a d’ailleurs dit des choses que j’ai fait changer au scénario. Elle a été très généreuse. Elle avait beaucoup de choses à raconter sur sa mère. Elle m’a dit, par exemple, que sa mère ne chantait jamais avec un chapeau sur la tête. On s’est servi de ce genre d’informations pour le film.

« Mais ça reste un film inspiré de La Bolduc. C’est très romancé. Mais malgré ça, j’avais un grand souci de réalisme. On a tous travaillé fort pour être le plus près possible de la vérité. »

Sur le même sujet