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Enquête de «J.E.»: études sous influence

Teenager mit Tabletten
EinBlick - stock.adobe.com

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Les psychostimulants ont la côte plus que jamais sur les campus universitaires et on les trouve presque aussi facilement que le café!

On les appelle les drogues de l'intelligence ou la pilule du dopage scolaire. Dans les faits, ce sont des médicaments utilisés pour soigner les Troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Parmi eux figure, le Ritalin, la Vyvanse, le Concerta ou l'Aderall, pour ne nommer que ceux-là.

Dans les universités, les jeunes les connaissent tous pour en avoir consommé ou avoir un ami qui le fait. La plupart n'ont pas de diagnostic de TDAH et pervertissent le rôle initial de ces médicaments «pour étudier sous influence».

L'équipe de «J.E.» s'est rendue dans trois universités où les étudiants ne se cachent pas de consommer ces drogues dans le seul et unique but d'accroître leurs performances scolaires.

Plusieurs des jeunes interrogés au hasard ont admis en consommer de façon sporadique. «C'est surtout lors des périodes d'examens intenses ou à la fin de la session que j'en utilise», a mentionné l'un d'eux.

Un autre étudiant a raconté avoir vendu des psychostimulants pendant quelques années. Sa clientèle était principalement constituée d'étudiants et de jeunes professionnels.

Il se procurait les comprimés grâce à une amie qui avait une prescription et lui refilait les surplus. Aujourd'hui, il en consomme à l'occasion.

«J'en prends quand je vois que je suis vraiment en retard parce que je veux quand même avoir de bonnes notes et je vois un impact direct, dit-il. J'ai fait en trois jours ce que du monde a fait en une session et j'ai obtenu des 96 %, 85 % et 80 %.»

Des «pushers» nouvelle génération

Fini le vendeur de drogue au coin de la rue. Il est désormais remplacé par l'étudiant atteint d'un TDAH qui vend ses surplus de médicaments ou des pilules obtenues grâce à une fausse ordonnance. Plusieurs jeunes ont confié à «J.E.» avoir appris par cœur les symptômes possibles d'un TDAH et les avoir récités à leur médecin dans l'espoir d'obtenir un diagnostic «biaisé».

«Les questions posées sont vraiment anodines», raconte celle que nous appellerons Sabrina. Elle explique être allée rencontrer son médecin de famille sous le conseil de ses amies.

«Le médecin m'a demandé si j'avais de la difficulté à me concentrer à l'école plus que 15 minutes et s'il m'arrivait d'oublier souvent des choses».

Elle poursuit en disant avoir coché oui à toutes ces questions et remis le formulaire. «Une semaine plus tard, j'avais ma prescription et je pouvais avoir du Concerta». Sabrina a encore du mal à croire qu'elle à un véritable TDA.

Souvent utilisés pour maximiser l'étude, ces psychostimulants ont aussi la côte auprès des jeunes qui l'utilisent de façon récréative avant de sortir le vendredi soir, par exemple. Certains vont même jusqu'à sniffer la poudre de leur comprimé pour accroître l'effet désiré.

La demande est telle qu'il s'est développé un véritable marché noir. Il est désormais possible de se procurer ces médicaments sur des sites de petites annonces classées comme Kijiji pour en moyenne de 5 $ à 20 $ le comprimé, selon la dose.

Légalité

Au Canada, la vente de médicaments d'ordonnance est assujettie à certaines exigences juridiques en vertu de la Loi sur les aliments et drogues et de la réglementation connexe, notamment à l'effet que la vente doit découler d'une ordonnance rédigée par un professionnel de la santé.

Si une infraction est commise, comme la vente illégale d'un médicament d'ordonnance, Santé Canada ou les policiers peuvent soumettre le dossier au Service des poursuites pénales du Canada, qui a le pouvoir de déposer des accusations et imposer des amendes.