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Le bon Dieu en chocolat

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Pour une athée, j’ai étonnamment beaucoup d’amis prêtres. Des pères pas ordinaires qui ont développé une relation fascinante avec Dieu, loin des dogmes et pas toujours en accord avec le discours de Rome. Ces hommes-là touchent notre cœur parce qu’ils parlent de la vraie vie, et de la mort parfois aussi, sans juger ni obliger à quoi que ce soit. Ces derniers jours qui clôturaient aussi le carême, mes amis curés ont été surpris par le nombre de fidèles au poste. Leurs églises étaient pleines à craquer. Ils n’en croient pas leurs yeux.

Regain de ferveur

Pâques a toujours été une période occupée disent-ils, « mais là, il se passe quelque chose ». Y aurait-il chez leurs ouailles un regain de ferveur chrétienne ? Possible. Ils n’osent l’espérer, de peur d’être déçus. En attendant la confirmation d’en haut, ils ont célébré des messes plus qu’à l’habitude, répondu à toutes les invitations et béni tous ceux qui le réclamaient. Même les itinérants ont eu droit à leur messe extérieure hier, célébrée par le père Claude Paradis (avec un nom pareil, tu peux juste faire du bien) qui redonne espoir aux sans-abri grâce à sa fondation Notre-Dame de la rue.

Que faut-il penser de cette apparente curiosité pour l’Église ? Après des années de désertion, les Québécois ont-ils envie de se recueillir à nouveau dans leurs anciens temples ? Nos vies sont-elles à ce point vides de sens que la religion nous paraît le dernier rempart à la solitude ? Un peu de tout ça sans doute. Et s’ajoute le sentiment de plus en plus pressant que le recueillement peut être le remède à notre désarroi.

Pas besoin de croire

Le feu cardinal Turcotte m’avait déjà dit que je n’avais pas besoin de croire en Dieu, car Dieu croyait pour deux. On riait ensemble de mon manque de foi qui ne l’offusquait pas, bien au contraire. Il comprenait que pour ma génération X, la religion était une affaire réglée. Du bois mort qu’on laisse sur le rivage. On s’est accoté sans se marier, fait des enfants sans les baptiser. Ce n’est pas grave non plus pour mes amis prêtres qui dépoussièrent l’institution chaque jour avec leurs paroles bienveillantes. « L’important, c’est d’aimer et de célébrer la joie. »