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Aide sociale oui... mais aide-toi

#8 Le sort des assistés sociaux
CAMILLE GAÏOR/24 HEURES/AGENCE QMI

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Depuis le 1er avril, le gouvernement du Québec a mis en place un nouveau programme: Objectif emploi.

Pour résumer rapidement, le gouvernement continue à aider une personne mal prise qui demande de l’aide sociale, mais il introduit une nouvelle notion: celle de l’OBLIGATION de recevoir l’aide dans une démarche participative. Le but est d’aider la personne à se trouver un emploi, à retourner aux études ou à régler des difficultés personnelles. Soulignons ici que l’on parle d’individus considérés comme aptes au travail et qui sont de nouveaux demandeurs d’aide sociale.

Si la personne accepte l’aide, son chèque sera bonifié de 165 $. Si elle refuse, on lui coupe 224 $. Veuillez noter que le plancher d’aide est de 648 $ par mois pour une personne vivant seule sans enfant et sans contraintes. En résumé, on sort la carotte et le bâton comme dit mon collègue Jonathan Trudeau.

Le gouvernement ne va pas assez loin

J’appuie entièrement le gouvernement dans cette notion d’obligation. Je trouve même qu’il ne va pas assez loin. Pour ma part, une personne qui demande l’aide de dernier recours et qui serait jugée apte au travail n’aurait d’autres choix que d’accepter d’être accompagnée et supervisée. En cas de refus, le gouvernement ne devrait pas débourser un seul dollar. L’aide sociale n’est pas un droit, c’est un filet social qui sert de soutien dans un moment difficile. Il est impensable qu’une personne vive de l’aide sociale et choisisse de ne pas se responsabiliser avec la complicité gouvernementale.  

Soyons sérieux quelques instants. Si une personne refuse de se faire aider et accepte de se faire couper 224 $ sur un chèque de 648 $ par mois, c’est que cette personne n’a pas besoin de cette aide. Je ne crois pas que ce soit la majorité des cas, mais oui, il y a des assistés sociaux qui travaillent au noir. Pouvons-nous au moins admettre que personne au Québec ne peut vivre avec 648 $ par mois, encore moins avec 422 $?

Il est intolérable que le gouvernement permette à un citoyen en bonne santé physique et mentale de repartir avec un chèque sans l’obliger à se faire accompagner. L’aide sociale doit être vue comme une aide de dernier recours et cette aide doit être impérativement associée à une contrepartie, celle de reprendre sa vie en main. Tous ceux qui ont vraiment besoin de cette aide accepteront de se faire aider. Les malades et ceux qui sont réellement inaptes seront considérés comme tels et continueront d’être aidés. Je suggère même que nous pourrions investir les économies engendrées par le non-versement de primes à des personnes aptes afin de bonifier l’aide aux personnes malades et gravement handicapées.

Pénurie de main-d’œuvre

Depuis quelques années, on entend parler de pénurie de main-d’œuvre au sein des entreprises québécoises. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale le confirme dans son rapport annuel 2016-2017: il y a eu 733 339 postes offerts sur le guichet gouvernemental. Ajouter à cela tous ceux qui n’ont pas utilisé ce service, on dépasse largement le million.

La solution qui est préconisée dans les discours, c’est souvent l’immigration. Je suis d’accord que c’est important, mais pour régler ce problème, la solution ne peut être unique. Nous avons besoin d’intégrer davantage les personnes handicapées, nous devons réfléchir à la meilleure façon de maintenir les travailleurs âgés en emploi au-delà de 65 ans, et bien sûr, il est primordial que tous les citoyens aptes au travail puissent contribuer à l’effort collectif.

Fausse solidarité

Il n’y a rien de moins solidaire que de permettre à une personne de vivre avec un aussi petit montant d’argent. Il faut casser le moule de l’aide sociale dès qu’une personne fait sa demande. Plus les mois et les années passent, moins une personne apte au travail qui s’enfonce dans ce cercle vicieux de la pauvreté ne pourra s’en sortir.

Comme le disait Félix Leclerc dans les 100 000 façons de tuer un homme: Non vraiment j’y tiens, la meilleure façon de tuer un homme, c’est d’le payer à ne rien faire.