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Une candidate «voilée» en politique ? La réponse est «oui».

Une femme poursuit Disney pour un hijab
Au Québec et au Canada, le port de signes religieux dits ostentatoires est tout à fait permis en politique active.

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Ce matin, Le Devoir rapportait que «pour la première fois de son histoire, le Québec pourrait voir une femme voilée se présenter aux élections provinciales d’octobre. La militante féministe Ève Torres vient de déposer sa candidature à l’investiture de Québec solidaire dans la nouvelle circonscription de Mont-Royal–Outremont».

Pour lire l’article en entier, lequel porte aussi en bonne partie sur le parcours professionnel de Mme Torres, c’est ici.

Mme Torres était également présente au souper-bénéfice controversé de l’organisme Défi-lles et des ailes tenu en 2017, justement en présence, entre autres représentants politiques, du député de QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

Sur la candidature de Mme Torres, certains seront peut-être tentés de s’y opposer, arguant que la religion manifestée de manière ostentatoire n’aurait pas sa place en politique.

Or, pour ou contre, tel n’est pas l’état de la situation. Ni au Québec ni au Canada. Seuls les électeurs peuvent en décider au cas par cas, le jour d’un scrutin.

Nul besoin de rappeler que même non élu, le chef du NPD, Jagmeet Singh, ainsi que des ministres du gouvernement Trudeau, portent quant à eux le turban sikh. Au palier municipal, d’un bout à l’autre du Canada, des élus peuvent aussi porter un signe religieux ostentatoire, quel qu’il soit.

Rappelons aussi que même la défunte charte des valeurs du gouvernement Marois, si elle avait été adoptée, ne se serait pas appliquée non plus aux élus de l’Assemblée nationale. Ni d'ailleurs au crucifix tout aussi controversé, niché tout droit au-dessus de la tête de son président.

D’ailleurs, qui peut oublier la croix catholique très ostentatoire qu’avait portée la députée libérale Rita De Santis à l’Assemblée nationale en guise de protestation contre le projet de charte des valeurs et ce, même s’il ne se serait pas appliqué aux élus...

***

Pourquoi rappeler ces faits ? Parce qu’ils sont des faits. Et que les faits, ça s’oublie vite. Surtout dans des débats, disons, plus sensibles.

La morale de cette histoire? Au Québec, dans l’état actuel des choses, Mme Torres, tout en portant le hijab, a tout à fait le droit de se porter candidate à une investiture.

Et si elle la remporte, elle aura aussi le droit d’être candidate à l’élection générale. Et si elle gagne son comté, elle aura bien entendu le droit de siéger à l’Assemblée nationale.

Quant à ceux qui s’opposeraient à cette absence d’interdiction du port de signes religieux dans l’arène politique ou qui voient un symbole d’oppression des femmes dans le port d’un foulard, ce sont d’autres débats en soi.

Légitimes, certes, mais ne les confondons surtout pas avec l’état actuel des choses au Québec sur la question du port de signes religieux en politique.

Et ma position dans tout ça? Vous la connaissez peut-être déjà. Depuis les premières fuites médiatiques sur la charte des valeurs du gouvernement Marois, je me suis opposée à l'interdiction mur à mur du port de signes religieux à travers la  fonction publique et parapublique. Pourquoi?

Parce qu'à l'instar de feu l'ex-premier ministre Jacques Parizeau - et comme je l'ai écrit et analysé moi-même en 2013, je considérais et je considère encore que de légiférer aussi largement sur les signes religieux va trop loin dans notre contexte social et politique, lequel n'est PAS celui de la France. Mais cela est ma perspective. Point. Des perspectives contraires, comme on le sait, ne manquent pas. Et c'est ce qu'on appelle un débat.

Le «compromis» Bouchard-Taylor limitant cette interdiction aux juges, policiers, procureurs de la Couronne et gardiens de prison, soit les agents de l'État en position de «coercition» - tout en déplaçant le crucifix hors du Salon bleu de l'Assemblée nationale, suffirait amplement à mon humble avis. 

Du moins, pour ce qui est de la question très spécifique des signes religieux. Sur le principe nettement plus large et complexe de la laïcité, par contre, c'est une autre histoire. J'y reviendrai d'ailleurs demain en chronique.

En 2013, je m'y suis aussi opposée parce que je craignais - et je ne crois pas m'être trompée là-dessus - que le volet de la charte des valeurs sur les signes religieux risquait fortement de diviser le mouvement souverainiste élargi lui-même. Et ce, à un moment où il avait plutôt besoin d'unité. (Rappelons que tout le reste de la charte des valeurs faisait consensus au Québec, hormis pour le PLQ, bien sûr. Or, malheureusement, Mme Marois s'était refusée à tout compromis sur le volet des signes religieux.)

Une autre raison motivait mon oppositon à ce volet de la charte des valeurs est qu'il risquait aussi de miner longuement les années d'effort de rapprochement du PQ et du Bloc avec les communautés culturelles. Ce qui arriva.

Puis enfin, j'y voyais un «virage identitaire» qui faisait de cette vision réduite de la laïcité - je parle toujours ici du volet sur les signes religieux et non pas du reste de la charte des valeurs -, un bien pauvre substitut politique à la promotion oubliée de la souveraineté et à la défense abandonnée de la langue française. La langue et la culture françaises, toutes origines confondues de ses citoyens, constituant le véritable coeur de l'identité québécoise moderne.

Bref, sur l'entêtement à vouloir interdire les signes religieux à travers toute la fonction publique et parapublique, j'y voyais aussi une erreur politique grave dont le prix politique à payer pour le mouvement souverainiste s'avérerait lourd à porter.

 

 

 

 

 

 

 

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