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REM, Grand Déblocage et l'insignifiance électorale de Montréal

Projet REM
COURTOISIE CDPQ INFRA

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Le dévoilement du budget provincial à forte saveur électoraliste la semaine dernière a donné le coup d’envoi officieux de la campagne électorale provinciale, et l’on peut d’ores et déjà s’inquiéter de la place qu’occuperont les enjeux montréalais lors de celle-ci. Pourquoi? Parce que plus que jamais, l’île de Montréal ne sera pas un champ de bataille prioritaire pour les partis politiques.

Dans les dernières projections du blogue QC125, on retrouvait 38 circonscriptions pivots au Québec, c’est-à-dire des circonscriptions dans lesquelles aucun parti ne remporte la circonscription dans plus de 80% des simulations. Sur ces 38 circonscriptions, seulement cinq se trouvent sur l’île de Montréal, et elles sont toutes situées à l’est de la rue Saint-Laurent. À l'ouest et dans le nord de la ville, la domination libérale est totale. Dans ce contexte, les partis politiques ont peu d’incitatifs électoraux à courtiser les électeurs montréalais.

Un symptôme de cette dynamique est déjà visible dans la position adoptée par le Parti québécois quant à l’avenir du transport en commun en région métropolitaine. Alors que les libéraux misent sur le REM, un métro léger qui desservira principalement le centre-ville et l’ouest de Montréal, le PQ s’est positionné contre ce projet. Les troupes de Jean-François Lisée proposent plutôt de remplacer le REM par pas moins de 21 projets de transport en commun de moindre envergure, mais touchant de nombreuses communautés autant à Montréal que dans les couronnes nord et sud, un plan qu'ils ont nommé le Grand Déblocage.

Le REM, comme tout investissement important en transport en commun, a fait des heureux et des malheureux. Alors que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et la communauté d’affaires du centre-ville se rangent derrière le projet, les maires de certaines villes de banlieue sont de plus en plus inquiets de l’impact que pourrait avoir le REM sur les services offerts à leurs citoyens. En se positionnant contre le projet, le PQ espère profiter de cette ligne de fracture pour séduire les électeurs dans des circonscriptions clés de la couronne montréalaise, là où la CAQ semble en voie de faire d’importants gains à ses dépens.

Il y a plusieurs critiques légitimes envers le REM, notamment son faible impact anticipé sur la congestion routière, et il est normal qu’un parti politique d’opposition se charge de relayer celles-ci. Reste qu’il s’agit évidemment d’une stratégie gagnante pour le Parti québécois qui n’a franchement pas grand-chose à perdre électoralement en promettant d’annuler un projet qui dessert principalement des circonscriptions électorales dans lesquelles il n’est nullement compétitif.

En y pensant bien, il y a quelque chose d’assez inusité à voir un parti politique qui aspire au pouvoir promettre l’annulation d’un projet de transport en commun majeur annoncé depuis deux ans et qui desservirait un secteur qui en a bien besoin. Dans n’importe quelle autre région que l’ouest de Montréal, cela relèverait du suicide politique. Advenant une victoire, toujours pas impossible, du PQ aux prochaines élections, les résidents de l’Ouest de la ville pourraient payer cher leur loyauté politique excessive envers le PLQ.

À propos de moi

Comme il s’agit de ma première contribution à ce blogue, permettez-moi de me présenter. Après avoir étudié en journalisme et travaillé pendant quelques années pour La Tribune de Sherbrooke, je suis aujourd’hui doctorant en science politique à l’Université de Montréal. Je m’intéresse particulièrement aux questions en lien avec l’administration publique, le financement politique et la corruption. Je profiterai donc de cette tribune afin d’explorer les aspects plus politiques de la vie publique montréalaise, qui est devenue, de mon point de vue de politologue, fort intéressante depuis l’élection de novembre dernier. Au plaisir!