/news/health
Navigation

Une thérapie à cheval aide leur fillette paralysée

Des parents déplorent que l’hippothérapie ne soit pas remboursée par la RAMQ

Mila, 2 ans, suit deux séances d’hippothérapie par semaine à la clinique CRCM. Elle pratique différents exercices sur le dos du cheval, comme se mettre à quatre pattes.
Photo courtoisie Mila, 2 ans, suit deux séances d’hippothérapie par semaine à la clinique CRCM. Elle pratique différents exercices sur le dos du cheval, comme se mettre à quatre pattes.

Coup d'oeil sur cet article

Les parents d’une fillette devenue paralysée de la tête aux pieds du jour au lendemain déplorent que la thérapie à cheval ayant permis à leur petite de retrouver certaines de ses capacités motrices ne soit pas remboursée par le gouvernement.

« Quand on termine une séance d’hippothérapie, on est encore dans l’auto pour retourner à la maison et on voit déjà des changements chez Mila. On dirait que ça vient réveiller des parties de son corps », affirme Mélanie Joannette.

La petite Mila, qui aura trois ans en mai, souffre de myélite transverse idiopathique. Cette rare maladie immunitaire se traduit par une inflammation de la moelle épinière et cause généralement une faiblesse musculaire ou une paralysie. Environ huit personnes sur un million en sont atteintes.

Alors que la fille de Mme Joannette se développait tout à fait normalement, tous ses membres se sont paralysés en l’espace de quelques heures une nuit d’octobre 2016. Elle était âgée de 17 mois.

« Ce soir-là, elle ne voulait pas dormir, elle n’arrêtait pas de pleurer. On a fini par l’amener dans notre lit avec nous, et là, elle a commencé à être hystérique. On sait maintenant qu’elle était en douleur », relate la maman de Saint-Constant.

Poupée de chiffon

À un certain moment, Mila a tenté de se soulever sur ses coudes, mais son bras gauche ne coopérait plus. Inquiets, Mélanie Joannette et son conjoint, Kevin Goolab, se sont rendus à l’hôpital avec leur petite.

Là-bas, une imagerie par résonance magnétique (IRM) a permis aux médecins de poser le diagnostic de myélite transverse idiopathique.

« Quand j’ai pris ma fille pour la première fois à l’hôpital, elle était molle comme de la guenille, on aurait dit une poupée de chiffon », se souvient Mme Joannette.

Comme tous ses muscles sont affectés, Mila avait aussi de la difficulté à respirer par elle-même et à uriner. Elle est demeurée un peu plus de deux mois à l’hôpital et a ensuite été transférée dans un centre de réadaptation pour six mois.

Bien qu’il n’existe aucune cure pour la maladie dont souffre la fillette, les séances de physiothérapie, d’ergothérapie et d’orthophonie qu’elle suit chaque semaine lui ont permis de réaliser certains progrès. Les médecins ne savent pas si elle pourra marcher un jour, mais elle est désormais capable de respirer sans assistance et ses doigts ont recommencé à bouger.

Selon ses parents, c’est sans aucun doute l’hippothérapie qui a le plus aidé Mila. Deux fois par semaine, elle monte à cheval avec le soutien de trois personnes qui lui font faire différents exercices pour améliorer sa motricité.

Travailler en s’amusant

« Quand on va à une séance de physio ou d’ergo ordinaire, ma fille, ça ne lui tente pas, mentionne Mélanie Joannette. Mais sur le cheval, elle ne se rend même pas compte qu’elle travaille. Et on a remarqué énormément d’améliorations au niveau de sa posture, de son tonus. »

Même si cette stratégie de réadaptation a été recommandée par la neurologue de Mila et qu’elle est dispensée par un professionnel de la santé (physiothérapeute, ergothérapeute ou orthophoniste), l’hippothérapie n’est pas couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Chaque séance coûte environ 125 $.

« On nous dit que c’est parce qu’il n’y a pas assez de preuves scientifiques, mais nous, on voit les résultats, dit Mme Joannette. Il n’y a rien qui fonctionne comme ça pour Mila. »

Une collecte de fonds a été lancée sur le site www.youcaring.com pour aider les parents de Mila à payer ses séances d’hippothérapie­­­.

Un traitement « marginal », dit le ministère

Carolyne Mainville, Ergothérapeute
Photo courtoisie
Carolyne Mainville, Ergothérapeute

 

Aucun établissement public n’offre actuellement l’hippothérapie au Québec puisque ce traitement « non conventionnel » n’a pas été évalué et approuvé par les autorités concernées, explique le ministère de la Santé.

« Au Québec, pour faire partie du panier de services couverts, une thérapie doit faire l’objet d’une évaluation par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui en évalue l’effica­cité, la pertinence et la capacité du système public à en assumer les coûts », a mentionné par courriel Marie-Claude Lacasse, porte-parole du ministère.

En général, l’évaluation par l’INESSS « émane d’une demande ou de l’évolution de la pratique professionnelle en ce qui concerne un médicament ou un traitement », indique-t-on.

L’hippothérapie n’a à ce jour jamais fait l’objet d’une telle évaluation. « Cependant, le ministère reste à l’affût des nouvelles connaissances et fait une évaluation périodique des besoins », précise-t-on.

Peu de recherches

Selon Carolyne Mainville, ergothérapeute certifiée en hippothérapie, très peu de recherches se font au sujet de cette thérapie au Québec.

« Par contre, si on regarde ce qui se fait aux États-Unis et en Europe, les recherches démontrent qu’il y a une amélioration significative de la motricité globale, du tonus au niveau du tronc et de la tête et du patron de marche [des patients] », dit la propriétaire de la clinique pédiatrique CRCM.

Mme Mainville ajoute que puisque les patients reçoivent environ 10 000 stimulations neuromotrices par heure lors d’une séance d’hippothérapie, ce traitement permettrait aussi d’améliorer la motricité fine, l’équilibre et la communication.

Souvent confondue avec la zoothérapie et l’équithérapie, l’hippothérapie est un traitement complètement différent, précise aussi l’ergothérapeute.

« En zoothérapie, on est vraiment plus dans la relation avec l’animal, indique-t-elle. Nous, on est plutôt dans une approche biomécanique de transfert de mouvement. »

« Pour ce qui est de l’équithérapie, ce sont des instructeurs équestres qui vont faire faire de l’équitation dans un objectif de loisir, sans objectif de réadaptation spécifique », ajoute-t-elle.

Qu’est-ce que l’hippothérapie ?

L’hippothérapie est « une stratégie de réadaptation se basant sur le mouvement tridimensionnel du cheval, qui est très semblable au mouvement de marche de l’humain », explique Carolyne Mainville, ergothérapeute certifiée en hippothérapie.