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Pas besoin d'être propriétaire pour être parent

Pas besoin d'être propriétaire pour être parent
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

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La Ville de Montréal vient de lancer son nouveau programme d’accès à la propriété. Il offrira des subventions pouvant aller jusqu’à 15 000 $ aux premiers acheteurs de propriétés sur l’Île. Le but avoué est de retenir les familles qui fuient vers la banlieue.

Je suis bien d’accord avec cet objectif. De plus en plus, les ménages à revenus moyens et élevés se concentrent dans les banlieues de Montréal. Cette situation cause une foule de problèmes pour la mixité sociale, la solvabilité financière des municipalités et elle nous mène directement vers une impasse en terme de lutte aux changements climatiques. Toutefois, ce qui me dérange dans cette annonce, c’est qu’elle perpétue l’enthousiasme effréné pour la propriété immobilière. Demandez à n’importe qui, et surtout à ceux qui ont plus de 50 ans aujourd’hui, s’il est mieux d’être propriétaire ou locataire et ils vont vous dire presque en riant qu’il faut absolument être propriétaire. Être locataire c’est « jeter son argent par les fenêtres ». Être propriétaire c’est investir.

Il ne faut pas se surprendre si le prix des habitations explose quand tout le monde se fait dire que de s’acheter une maison ou un condo c’est la voie pour s’enrichir. On aime bien chialer sur les investisseurs étrangers qui spéculent sur des condos à Toronto ou Vancouver, et peut-être bientôt Montréal. Mais quand on se met tous à s’acheter une propriété dans le but d’empocher son gain de valeur pour s’en acheter une plus grosse ensuite, on est tous des spéculateurs immobiliers.

Ce qui me dérange dans cette annonce, c’est qu’elle sous-entend qu’il faut être propriétaire pour fonder une famille. Des milliers de gens élèvent leurs enfants dans des logements loués. Ils ne deviennent pas délinquants pour autant. La propriété immobilière est sans doute une bonne idée pour un bon nombre de gens, mais ça n’a rien d’une recette magique. On ne devient pas un bon parent parce qu’on a une cour et une entrée de garage.

Dans le discours sur nos élus, il n’y a que le logement social et l’accès à la propriété. Un programme pour ceux dont la situation est précaire et un programme pour les « bonnes familles de classe moyenne ». Entre les deux, rien. Il nous faut certainement plus d’argent pour le logement social, c’est un impératif de société que de lutter contre la pauvreté et le logement social joue un rôle important dans cette lutte.

Mais on en fait beaucoup trop pour la propriété immobilière. Les avantages que l’on offre aux propriétaires par rapport aux locataires à revenus similaires sont sans commune mesure avec les bénéfices que l’on peut raisonnablement attendre. Il s’agit de mesures qui ne répondent à pratiquement aucun objectif de politique clair. Ce sont en plus des mesures de redistribution à l’envers, qui bénéficient bien plus aux ménages à revenus élevés qu’aux autres, simplement parce qu’ils sont les seuls qui peuvent en bénéficier. Si on veut que les familles arrêtent de passer de l’autre côté du pont, il faudrait qu’on arrête de subventionner la vie de banlieue à coup d’autoroutes et de ponts gratuits ou bien par la construction de nouveaux hôpitaux ou d’écoles dans des zones à moitié vides.

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