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Levons le voile

Levons le voile
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Les derniers jours ont permis de mettre en lumière une chose certaine, selon moi: les faux débats jouissent d’une attention disproportionnée dans les médias. En résultat, on n’est pas prêt à parler de vrais enjeux comme l’évasion fiscale, le réchauffement climatique, le sous-financement du milieu de l’éducation, de la santé ou plus proche de nous, la fermeture de commerces à vue d’oeil.

Que le « débat » s’enflamme, et ce à travers le Québec, après que la mairesse de Montréal se dise « en faveur que le SPVM réfléchisse à qu’est-ce qui doit être mis en place pour soutenir la pleine participation de tous les Montréalais», je me questionne sur ce qui nous préoccupe comme peuple et ce en quoi nous croyons collectivement. Parce qu’à vue d’oeil, nous ne sommes pas prêts à défendre la pleine participation de tous les Montréalais, et ce quelque soit leur religion. 

Car très vite les critiques sont sorties pour dénoncer principalement le port du hijab chez les musulmanes et du turban chez les sikhs. On voit donc clairement les personnes, ou pour être kasher, disons les religions qui indisposent. 

Je ris jaune quand je lis la fameuse mise en situation hypothétique qui opposerait une femme portant le hidjab arrêtant un juif hassidique? Sérieusement, vous pensez qu’il va se passer quoi? Ils vont se mettre à parler religion jusqu’à l’appel du muezzin ou de la sirène, comparer leurs tenues ou se tuer? Sincèrement, je n’imagine pas la scène tellement l’idée est farfelue. Il se passera la même chose qui se passe quand un policier arrête un citoyen. Et si, Dieu nous en préserve, cela s’avèrerait être un cas de profilage racial, j’espère que la population se révolterait comme elle le fait actuellement pour dénoncer le port du hijab, alors qu’elle reste à peu près silencieuse sur les cas vécus par des jeunes Noirs à Montréal. Je dis ça, je dis rien.

Je ne peux que constater qu’un monde sépare la réalité des femmes musulmanes de la perception qu’on peut avoir d’elles. Surtout lorsque le voile entre en ligne de compte. Je sais bien que les faits alternatifs ont la côte ces temps-ci, mais les faits réels eux disent que les femmes voilées sont très minoritaires parmi les musulmanes du Québec. Et qui sommes-nous, non-musulmans, croyants ou non, pratiquants ou non, pour faire une corrélation directe entre le port du voile et les rapports de domination qui peuvent exister dans un couple? Ce n’est pas un peu paternaliste tout ça? 

Je comprends qu’au Québec, nous sommes très sensibles à toute manifestation religieuse, ce qui provoque immanquablement une levée de boucliers qui apporte de l'eau au moulin laïc. Mais reparlons-en quand le crucifix sera sorti de l’Assemblée nationale.

Moi je suis catholique, croyante et pratiquante mais j’aurais beau aller à l’église tous les jours et prier à chaque instant que Dieu nous délivre de tous nos maux, vous n’y verrez que du feu dans mon code vestimentaire. Malheureusement pour les musulmanes et sikhs, attester de l’importance que revêt la foi dans leur vie est visible. Et les signes qu’ils veulent porter les suivent partout, tant dans la vie personnelle que professionnelle.

Ce faux débat, sans compter son illégitimité constitutionnelle ne fait que mettre en lumière notre inconfort personnel face à des religions bien précises. Et au nom de quel Saint cet inconfort doit primer sur la liberté religieuse de certains de nos concitoyens? J’esaie de comprendre mais j'en perds mon latin.

Que celle ou celui qui aura établi un lien direct entre le port de certains signes religieux et l’incompétence ou le biais dans l’accomplissement du travail de fonctionnaire me jette la première pierre.