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Accusé de blanchiment d’argent à Washington: un millionnaire montréalais recherché

Firoz Patel et son frère risquent 25 ans de pénitencier

Firoz Patel s’affichait sur Facebook en compagnie de l’ex-maire de Montréal Denis Coderre et de l’ex-joueur du Canadien PK Subban (ci-bas). Les photos ont été respectivement prises en 2017 et en 2013.
Photo tirée de Facebook Firoz Patel s’affichait sur Facebook en compagnie de l’ex-maire de Montréal Denis Coderre et de l’ex-joueur du Canadien PK Subban (ci-bas). Les photos ont été respectivement prises en 2017 et en 2013.

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Deux frères montréalais qui auraient fait fortune dans le commerce électronique en exploitant des services de paiement en ligne prisés par des criminels sont dans la mire des autorités américaines.

Visé par un mandat d’arrestation, Firoz Patel, 43 ans, est « toujours au large », pendant que son coaccusé de 37 ans, Ferhan Patel, se retrouve emprisonné depuis trois semaines à la suite d’une enquête du Homeland Security américain.

Firoz Patel s’affichait sur Facebook en compagnie de l’ex-maire de Montréal Denis Coderre et de l’ex-joueur du Canadien PK Subban (ci-bas). Les photos ont été respectivement prises en 2017 et en 2013.
Photo Facebook

 

L’aîné des deux frères roulait en Porsche et faisait circuler sur les réseaux sociaux des photos le montrant avec des gens connus, comme l’ex-maire Denis Coderre et l’ancien défenseur vedette du Canadien, PK Subban.

Les frères Firoz et Ferhan Patel, accompagné de PK Subban.
Photo tirée de Facebook
Les frères Firoz et Ferhan Patel, accompagné de PK Subban.

Firoz Patel est aussi talonné par le fisc québécois, à qui il doit un butin de 10 millions $ en impôt sur des revenus non déclarés.

Blanchiment d’argent sale

Les frères Patel font face à des accusations de complot, de blanchiment d’argent et d’exploitation sans permis de services financiers sur internet, qui ont été déposées contre eux à Washington, le mois dernier.

Ces crimes sont passibles d’une peine maximale de 25 ans d’incarcération dans la capitale américaine.

Les deux Montréalais sont inculpés avec des entreprises de paiement en ligne qu’ils auraient fondées pour concurrencer le géant du commerce électronique PayPal. Ces sociétés sont Payza, Egopay — incorporée dans le paradis fiscal du Bélize — et AlertPay, qualifiée de « réussite québécoise » dans un article de La Presse, en 2009.

Les coaccusés auraient permis des transactions de « 250 millions de dollars » en six ans aux États-Unis, sans permis gouvernementaux et malgré des mises en garde des autorités.

Pire encore, ils auraient sciemment procuré des services financiers à des criminels, selon des documents judiciaires consultés par Le Journal.

Fraudeurs, pédophiles...

Ainsi, la clientèle de Payza aurait été « principalement » composée d’individus qui trempaient dans les arnaques de type Ponzi, les ventes pyramidales et d’autres stratagèmes frauduleux, d’après l’enquête.

Les services de paiement en ligne dirigés par les Patel auraient aussi été utilisés par des distributeurs de pornographie juvénile et des trafiquants de stéroïdes anabolisants, d’après un résumé de la preuve amassée.

Des millions de dollars ont aussi transité entre Payza et des « comptes bancaires associés aux défendeurs » Patel, aux États-Unis et au Canada.


► Ferhan Patel a été arrêté à Detroit, le 18 mars, entre deux vols qui devaient l’amener en Californie. Il reste détenu jusqu’à nouvel ordre.

 

Il a tenté de cacher son magot au fisc

Un juge de la Cour du Québec a récemment conclu que Firoz Patel avait « systématiquement » manigancé pour cacher ses revenus et éviter de verser sa part dans les coffres de l’État.

« Les sommes en jeu sont si considérables que ces omissions ne peuvent que s’inscrire dans un processus planifié qui n’a qu’un seul objectif, soit de tenter de se soustraire aux obligations fiscales imposées par la loi », a tranché le juge Gilles Lareau, le 13 décembre dernier.

La Cour du Québec confirmait alors le bien-fondé de réclamations fiscales de 10,5 millions $ contre Patel, qui aurait empoché pas moins de 27 millions $ entre 2006 et 2009, et de 4,7 millions $ contre son entreprise AlertPay.

L’homme d’affaires clamait que ces calculs relevaient de la « fiction ».

Marketing douteux

Toutefois, son « absence complète de collaboration » avait forcé Revenu Québec à se tourner vers d’autres moyens pour estimer ses revenus annuels imposables.

Les fonctionnaires ont notamment utilisé ses relevés bancaires ainsi que des statistiques sur la clientèle et le chiffre d’affaires d’AlertPay, que cette société moussait sur son site web et dont Patel s’était vanté lors d’entrevues avec certains médias.

Au procès, Patel a eu beau prétendre qu’il avait « exagéré » ces chiffres à des fins de « marketing », son témoignage a été qualifié de « non crédible » par le juge Lareau.

« Il est difficile d’accorder de la crédibilité au témoignage d’une personne qui est continuellement confrontée à des documents qui soutiennent le contraire de son témoignage », a dit le magistrat au sujet du fortuné contribuable.

Patel et AlertPay ont porté ce jugement en appel.

Leur avocat dans ce dossier, François Asselin, a dit au Journal plus tôt cette semaine qu’il n’était pas au courant des démêlés judiciaires de Firoz Patel aux États-Unis et qu’il n’avait pas de commentaires à formuler.