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Signal clair en faveur de la mobilité durable

Transport en commun
Photo le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

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Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à un bain de foule du premier ministre dans le métro de Montréal. L’occasion était belle et surtout symbolique alors que le gouvernement du Québec dévoilait mardi sa première politique de mobilité durable. Cette politique a tout le potentiel de donner l’élan nécessaire pour engager le Québec dans un virage irréversible en matière de mobilité.

Avec des investissements importants déjà connus en transport collectif, le prolongement de la ligne bleue et le Réseau express métropolitain (REM) entre autres, la région métropolitaine bénéficiera de ces intentions. D’autres mesures viendront appuyer concrètement le transport de personnes et des marchandises dans la métropole, notamment l’augmentation du budget dédié au transport adapté. Et l’on peut facilement imaginer que d’autres projets de mobilité tenteront de se frayer un chemin dans les priorités d’investissement d’ici 2030.

Économiser temps... et argent

Le mérite de cette politique est d’identifier clairement que la mobilité durable est synonyme de résultats concrets pour les citoyens. Comprendre ici économie de temps et d’argent.

Comprendre aussi que pour diminuer le temps de voyagement des usagers, ce ne sera pas l’élargissement des autoroutes qui fera office de solution. Ce seront plutôt moins de véhicules, mais qui permettront de transporter plus de personnes. Dans les meilleurs scénarios, c’est également moins de temps passé en déplacement, et plus avec nos proches ou pour d’autres activités. Et ce message vient désormais du sommet. La ligne rose devient tout d’un coup moins farfelue.

Comprendre aussi que la mobilité durable touche directement au portefeuille des citoyens. Dans la région métropolitaine, le parc automobile croît plus rapidement que la population. En plus d’ajouter des véhicules sur les routes sans régler le problème de la congestion, cette croissance a un impact important sur les finances publiques et celles des ménages. Dans cette pertinente étude l’Évolution des coûts du système de transport par automobile au Québec, les auteurs estiment qu’«environ 20% des dépenses des ménages après impôts sont consacrées aux transports, ce qui en fait le deuxième poste budgétaire en importance après le logement et avant l’alimentation». Rien de moins. Le deuxième poste AVANT l’alimentation. Souhaitons que ce message porte auprès de la population, car en offrant d’autres options de mobilité que la deuxième voiture par exemple, c’est un allégement direct des dépenses pour les ménages. Ou encore, c’est la possibilité pour un ménage de se doter d’un espace financier suffisant pour accéder à la propriété près des réseaux structurants de transport. Les mesures de rétention des familles sur l’île relèvent aussi de la mobilité durable!

 

Le test de la réalité

Le dévoilement de la politique n’est pas à l’abri d’incohérences. Qu’arrivera-t-il des projets qui sont depuis longtemps dans les cartables? Prenons l’élargissement de l’autoroute 19 (A-19), ou encore le prolongement de l’autoroute 13 (A-13) dans la couronne nord. Dans le cas de l’A-19, les visions divergent; les Montréalais souhaitent davantage un boulevard urbain axé sur la mobilité durable qu’une autoroute. Ces projets d’augmentation de la capacité routière cadrent bien mal avec la cible énoncée d’une diminution de 20% de la part des déplacements effectués en auto-solo à l’échelle nationale. L’avenir de ces projets d’infrastructure en dira long sur la courbure du virage vers la mobilité.

Le 23 avril prochain se tiendra un Forum sur la mobilité et le transport collectif piloté par le maire de Laval, Marc Demers, auquel dix-huit villes de la couronne nord participeront afin de proposer des solutions pour réduire la congestion et améliorer la qualité de vie et la compétitivité de la région. C’est certainement bon signe.

Reste que le défi est vaste d’ici 2030. Car au-delà des solutions liées à la planification, au financement ou à la réalisation d’infrastructures structurantes de transport collectif ou actif, ce sont les citoyens qui devront être convaincus que temps et argent économisés par la mobilité durable seront synonymes d’une meilleure qualité de vie. Et qu’une balade en métro, en train ou en autobus peut devenir le quotidien de leurs déplacements.