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Sonder ou influencer?

Les sondages
Le Journal de Québec Caricature Ygreck Philippe Couillard Francois Legault Jean-Francois Lisée

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À chaque fois que l’on publie un « sondage », il y a parmi les militants du Parti québécois sur les réseaux sociaux ceux qui se laissent si facilement influencer.

On les comprendra. Pour nombre d’analystes de la politique intéressés par la place qu’occupe l’enquête d’opinion dans notre vie démocratique, les « sondages » ont, le plus souvent, cette fonction-là : influencer.

Nous sommes à six mois des élections et au vu d’un sondage Mainstreet qui comprend son lot d’incohérences, assez pour que l’on doute de l’exercice, mais pas grave. Cela sèmera l’émoi chez quelques péquistes qui annonceront l’apocalypse. Permettez-moi d’être plus nuancé (et cela vaut pour tous les partis en passant). Voici pourquoi.

L’élection fédérale de 2015

Pas besoin de retourner bien loin, suffit de revenir à l’élection fédérale de 2015. A posteriori, on constate à quel point les sondages tenus plusieurs mois avant les élections n’ont eu aucune incidence sur le vote.

Pourtant, c’était l’élection de la campagne électorale interminable. La plus longue de l’histoire politique récente, près de trois mois!

Mais, en fin de compte, l’élection s’est jouée sur un axe principal, celui qui allait fédérer le vote pour remplacer Stephen Harper. Car tout était là, tout s’est décidé en fonction de ce seul impératif. Et à ce jeu, les Libéraux de Justin Trudeau ont facilement triomphé des néodémocrates de Tom Mulcair.

Et ce même si, à plusieurs mois des élections, tout le monde donnait les Libéraux pour morts et enterrés.

Ça donne ce que ça donne. Le Canada a chassé Harper pour le remplacer par Justin Trudeau. Les promesses phares qui ont donné le momentum à Trudeau au détriment du NPD, comme cette promesse, à quelques jours du scrutin, du chef libéral, triomphant, « que cette élection-ci serait la dernière selon le mode de scrutin actuel »...

Aux vidanges les belles promesses.

Le Canada se dirige vers un affrontement entre provinces sur la question des oléoducs et la gouvernance Trudeau se résume, jusqu’à maintenant, à la légalisation du pot, la promotion incessante du multiculturalisme et l’ajout inconsidéré à la dette.

Si l’élection au Québec en octobre prochain devient un référendum sur le seul avenir des Libéraux de Philippe Couillard, ne comptez pas Jean-François Lisée pour battu.

Notre époque a ceci de particulier que si les « sondages » préélectoraux aident à vendre de la copie, à attirer les clics et à faire de la cote d’écoute, dans les faits, ils n’ont que très peu de réelle valeur de prédiction électorale. Entre Mainstreet et  Météomédia, je choisis le deuxième!

Pour ceux que ça intéresse, cette discussion passionnante sur Twitter à laquelle prennent part deux des sondeurs les plus importants au Canada. Le politicologue Frank Graves, PDG de la firme EKOS, n’est pas tendre envers ces firmes de sondages qui pondent des enquêtes à rabais, des sondages de très mauvaise qualité...

Nos voisins du Canada anglais disent « Campaign matters! » (la campagne électorale est déterminante). Et c’est encore plus vrai dans un contexte où la population se magasine une option à la fin d’un régime délétère comme celui du Parti libéral.

« Pas d’austérité, pas de prospérité »

Et à ce jeu, François Legault peinera à se départager de ce qui a le plus agacé la population du Québec au cours des dernières années, l’austérité. En faisant la promotion d’une vedette économique comme Youri Chassin qui écrivait dans les pages du Journal il n’y a pas si longtemps : « Pas d’austérité, pas de prospérité  ».

François Legault affirmait en présentant son candidat qu’il partage la même vision que lui pour le Québec. C’est bon à savoir, car Youri Chassin, c’est de la même école que Carlos Leitao, Martin Coiteux... La continuité quoi.

À six mois des élections, ces distinctions énormes entre la vision de la CAQ et celle avancée par un Jean-Martin Aussant au PQ sont encore anecdotiques. Mais en campagne électorale, François Legault ne pourra éviter de répondre de cette « vision commune » qu’il a du Québec avec son candidat Chassin : privatisations des services publics, austérité, au diable le bien commun et les vertus d’un état fort...

C’est le plus grand avantage du Parti québécois. Le fossé qui existe entre le Québec que proposent la CAQ et le Parti libéral et celui que prône le PQ.

Au terme de la prochaine campagne électorale, au moment où les Québécois s’apprêteront à choisir, si Jean-François Lisée leur a expliqué clairement, et simplement, ces distinctions fondamentales, les sondages d’aujourd’hui n’auront pas plus de valeur que ceux qui enterraient le Parti libéral de Justin Trudeau à six mois des élections en 2015...