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Un « millenial » à la tête de l'Arabie saoudite, le pays le plus conservateur au monde

Un « millenial » à la tête de l'Arabie saoudite, le pays le plus conservateur au monde
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L’Arabie saoudite, son soleil rougeoyant, le désert de sable apaisant et les clapotis des coups de fouet sur le dos des opposants politiques. Une belle destination de vacances... 

C’est la plus grande puissance arabe, et ce, pour deux raisons : sa richesse et son alliance politique avec les États-Unis.

Avec le nouveau prince héritier nommé en juin 2017, le royaume entreprend une restructuration importante de son système économique et social.

Pétrole Shower

La richesse de l’Arabie Saoudite provient directement de sa réserve de pétrole, la deuxième plus importante au monde (après celle du Venezuela) avec 15,6% des réserves mondiales.

L’économie saoudienne dépend très fortement de l’or noir puisque près de 90% de ses revenus y sont liés.

L’entreprise nationale Aramco qui exploite la plupart des ressources fossiles du pays est le premier producteur du monde. La compagnie étatique produit et vend 10 millions de barils par jour.

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Récemment, Bloomberg a dévoilé qu’Aramco avait fait 33,8 milliards de dollars en profits durant le premier semestre de 2017. 

C’est plus que les bénéfices combinés des cinq grandes sociétés pétrolières (Exxon, Shell, BP, Total et Chevron). Le royaume a reçu, pour cette même période, 13 milliards en dividendes.

L’autorité saoudienne a également fait part de sa volonté de privatiser 5% d’Aramco lors d’une introduction historique en bourse. Celle-ci pourrait générer 100 milliards de dollars, ce qui serait un record mondial pour une entrée en bourse.

Plus que de la richesse, un atout politique

Si le pétrole est une source incontestable de richesse, il a aussi été un outil politique d’envergure pour les Saoudiens.

En effet, la précieuse substance est à la base de l’alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, elle-même essentielle à la prospérité du royaume et à son hégémonie régionale.

En 1945, Franklin Roosevelt et le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume, se rencontrent.

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Ils scellent le pacte de Quincy qui énonce qu’en échange de pétrole saoudien, les Américains garantiront la sécurité de l’Arabie saoudite et considéreront sa stabilité et son influence régionales comme des « intérêts vitaux ».

Ceci dit, la péninsule arabique est également d’une grande importance stratégique pour les États-Unis et leurs partenaires.

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane a d’ailleurs révélé récemment au Washington Post que le financement et la propagation de la doctrine wahhabite (dogme islamique rigoriste) par le royaume avaient été mis en place suite à la demande de ses alliés occidentaux pendant la guerre froide afin d’enrayer l’influence des Soviétiques dans le monde musulman. 

Mohammed Ben Salmane, le vent du changement ?

Le nouveau prince héritier est jeune et ambitieux. À 32 ans, son pouvoir dans l’État saoudien est considérable.

Il n’est pas seulement le successeur de son père, il est également ministre de la Défense, président du Conseil des affaires économiques et du développement (CAED) et président du Conseil suprême d’Aramco.

En un mot, il dirige l’Armée et l’économie. Mais son influence s’exerce aussi dans toutes les sphères de pouvoir. Le ministre de l’Intérieur par exemple est un proche qui lui est loyal. 

MBS – c’est ainsi qu’on le surnomme – veut transformer son pays sur tous les plans.

Il a commencé avec une commission anticorruption fin 2017 qui a résulté à l’arrestation historique de dizaines de princes et de ministres.

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Bien plus qu’une action éthique, ces arrestations ont permis au prince héritier de consolider son pouvoir en écartant les éventuels opposants internes à son règne et de reprendre contrôle sur la Garde Nationale et la Marine saoudiennes.

Sur le plan social, MBS s’est distingué par son modernisme apparent qui a consisté à réduire l’influence des religieux radicaux, d’avancer les droits des femmes dans le pays (elles peuvent désormais conduire et se présenter aux élections municipales) et de développer le secteur culturel et de divertissement.

Toutefois, bien qu’il représente un vent de réformes modernistes pour l’Arabie Saoudite, MBS ne dévie pas des volontés hégémoniques du royaume dans la région qu’il appuie au contraire, notamment avec sa campagne meurtrière au Yémen.

De même, il n’hésite pas, comme en septembre dernier, à arrêter des dissidents, intellectuels ou religieux influents, pour renforcer son emprise.

Et quand il n’y aura plus une goutte de pétrole ?

Le pétrole n’étant pas inépuisable, vivre d’une rente pétrolière est dangereux, en particulier lorsqu’on veut avoir l’hégémonie sur le monde arabo-musulman.

MBS a compris cela et a mis en place des alternatives pour se défaire de la dépendance au pétrole du royaume.

Le projet est ambitieux.

D’un point de vue énergétique, l’Arabie Saoudite prévoit de faire appel à l’énergie solaire et aux réacteurs nucléaires. Chacune de ces alternatives sera financée à hauteur de 100 milliards de dollars.

Sur le plan économique, Mohammed Ben Salmane a dévoilé le programme Vision 2030.

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Celui-ci a pour but de diversifier l’économie saoudienne afin de sortir de la rente et développer d’autres secteurs. C’est notamment pour financer ces réformes que le royaume privatise 5% d’Aramco. 

Avec les revenus de cette privatisation, le royaume développera un fonds souverain qui atteindrait à terme une valeur de 2000 milliards de dollars dans 20 ans.

Ce fonds permettra d’investir dans divers secteurs à l’étranger comme la technologie, les transports, l’immobilier et l’industrie. 

D’autres projets ont été mis de l’avant, comme NEOM, la ville économique transnationale qui a pour ambition d’être une cité futuriste et d’accueillir les innovations technologiques de l’avenir. Elle coûterait 500 milliards de dollars.

Ainsi, sous la férule de son prince héritier, le royaume saoudien sera amené dans les prochaines années à subir de grandes transformations qui, ambitieuses et novatrices, ne manqueront pas de lui donner un nouveau visage. 

Mais une question persiste : entendra-t-on encore les clapotis ?

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