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Français et fous de l’Impact

Français et fous de l’Impact
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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On dit souvent que le soccer est un sport universel, et c’est une vérité qui est loin d’être galvaudée. De fait, l’Impact a des partisans un peu partout dans le monde, comme l’a constaté Le Journal.

Un petit appel à tous sur Twitter pour dénicher des fans hors Canada a déclenché un petit raz-de-marée dans la boîte courriel de l’auteur de ces lignes avec des messages provenant de France, des États-Unis, de l’Amérique latine et des Antilles.

Qu’ont en commun tous ces partisans qui suivent leur équipe de loin et parfois même de très loin ?

L’amour du soccer bien sûr, mais aussi un dévouement qui dépasse les frontières.

Parce qu’il en faut, du dévouement, pour se coucher à 4 h du matin après avoir regardé un match ou pour trouver une diffusion de qualité parfois douteuse sur un site souvent louche sur internet.

Par hasard

Pour certains, l’amour est arrivé par hasard. C’est notamment le cas d’Emmanuel Lissandre, un Français originaire de la région de Montpellier, qui était venu faire son tour à Montréal en 2010 quand il a commencé à fréquenter une Québécoise.

« Quand je suis arrivé, j’avais d’abord un intérêt pour le hockey et j’ai découvert l’Impact avec l’entrée en MLS.

« Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas seulement le Galaxy et les Red Bulls, je ne savais même pas qu’il y avait des équipes au Canada. »

Pour respecter la réglementation de l’immigration canadienne, il a dû partager son temps entre le Québec et la France, ce qui fait qu’il a souvent suivi l’équipe à distance.

« Dans les deux dernières années, je passais six mois ici et six mois à travailler en Europe. J’ai suivi tous les matchs de l’Impact depuis les deux dernières années et on se tenait éveillés avec quelques fous furieux sur internet. »

Coup de foudre

Pour Joël Vieira Da Silva, qui vient de Grenay, dans le nord de la France, ce fut un genre de coup de foudre.

« Je suis les résultats de la MLS depuis Thierry Henry et son passage à New York en 2010. En 2015, je suis tombé sur un match de l’Impact sur Eurosport et j’ai accroché de suite. »

Quant à Alexandre Burst, un Alsacien de Strasbourg, c’est par personne interposée qu’il s’est lié à l’Impact après avoir commencé à collaborer au podcast du Montréalais Mathieu Lemée.

« De fil en aiguille, j’ai commencé à m’intéresser à l’Impact et très vite ç’a matché avec moi et avec la communauté qui est très active sur Twitter. »

Joël Vieira Da Silva et Alexandre Burst suivent l’Impact depuis la France avec toutes les contraintes que ça implique.
Photos courtoisie
Joël Vieira Da Silva et Alexandre Burst suivent l’Impact depuis la France avec toutes les contraintes que ça implique.

Des cabrioles

Quand on est dans l’Hexagone, il faut être prêt à faire bien des cabrioles afin de pouvoir suivre son équipe en raison du décalage horaire.

« C’est difficile, surtout quand on bosse le lendemain matin, ce qui m’arrive parfois en mission, explique Emmanuel Lissandre, qui œuvre en télévision. Je commençais souvent à 6 h du matin alors je regardais le match et je partais travailler. Ça arrivait régulièrement.

« On crée la passion et je pense que c’est assez européen. Les gens qui aiment le foot s’impliquent beaucoup dans l’équipe de la ville. »

Les matchs présentés en après-midi, de ce côté-ci de l’Atlantique, sont évidemment une bénédiction.

« Quand les matchs sont l’après-midi, avec le décalage horaire de six heures, ici, en France, vers 19 h, c’est parfait, souligne Joël Vieira Da Silva. Par contre, la nuit, surtout la semaine, là, ça se complique.

« Après minuit, je mets le réveil, mais pour ne pas réveiller ma femme, avec les écouteurs, j’écoute le match au 98,5. »

S’attacher au Québec

Et pourquoi un Français tient-il à suivre l’Impact de Montréal, qui joue pourtant dans une ligue inférieure aux yeux d’une majorité de partisans européens ?

La réponse est très simple quand on pose la question à Alexandre Burst.

« C’est une équipe francophone et qui me met en relation avec le Québec parce que les Québécois sont quand même proches de nous, même si tout est très, très différent.

« J’aime beaucoup les mots et je découvre des expressions que je ne connaissais pas et ça me connecte sur les réalités du Québec. »

 

Prêcher dans le désert

Quand vient le temps de parler de la MLS en Europe, les partisans de l’Impact qui y vivent sont unanimes, il y a énormément de chemin à faire pour que le circuit soit pris au sérieux.

« Les Européens prennent encore la MLS de haut. La réputation de ligue vieillissante a la dent dure », confirme Emmanuel Lissandre.

Emmanuel Lissandre
Photo Dave Lévesque
Emmanuel Lissandre

« À moins que ce ne soit des gens qui connaissent vraiment le foot, il y a encore cette réputation de gros salaires au soleil », ajoute-t-il.

Mais c’est une perception qui persiste au-delà des frontières françaises. Le travail demeure donc entier.

Prêcher

Tenter de convaincre les compatriotes que le niveau de la MLS est intéressant n’est pas une mince affaire, selon Lissandre.

« J’ai l’impression de prêcher dans le désert et ceux qui me connaissent savent que je suis pragmatique dans mon approche du football alors quand je leur dis que le niveau de la MLS est bon, ils me croient.

« Ils ne sont pas nombreux à le croire et il y aura toujours une espèce de filtre où on se dit que si un joueur signe ici, c’est pour l’argent ou le soleil. »

Même son de cloche du côté d’Alexandre Burst, qui habite Strasbourg.

« Je prêche totalement dans le désert quand je parle de MLS parce qu’il y a tellement d’autres championnats et qu’il y a tellement d’a priori. »

Du temps

Ce n’est pas demain la veille que les choses vont changer pour la MLS, qui doit encore lutter pour établir sa crédibilité.

« Ça va prendre du temps à changer et certains pensent que [David] Beckham va changer ça », estime Burst.

Mais Emmanuel Lissandre croit que ça va en prendre encore plus pour convaincre les sceptiques.

« On arrêtera de prêcher dans le désert quand le système de la MLS sera similaire à l’Europe. »

Défi sportif

Il semble qu’on néglige autant le niveau de jeu que l’aspect financier de la MLS.

« Personne ne voit encore le défi sportif qu’il y a en MLS, déplore Lissandre. À cet égard, [la venue de] Clément Grenier aurait fait du bien à l’Impact. »

Alexandre Burst soutient quant à lui que l’aspect financier n’est pas à négliger.

« Il y a beaucoup de joueurs français pour qui ce n’est pas intéressant financièrement et parce qu’ils espèrent encore faire l’équipe de France. »

 

La légende

Parmi tous les partisans étrangers de l’Impact, il y en a qui marquent l’imaginaire un peu plus que les autres.

Quiconque suit un peu le mot-clic #IMFC sur Twitter connaît un certain Mauricio Vincello. Derrière ce nom emprunté à un ancien joueur de l’équipe se cache un Français de 29 ans, Matthieu. Originaire de Rennes, il préfère ne pas révéler son nom de famille, histoire d’entretenir une part de mystère.

Matthieu, alias Mauricio Vincello pour les habitués de Twitter.
Photo courtoisie
Matthieu, alias Mauricio Vincello pour les habitués de Twitter.

Sous son pseudonyme de Mauricio Vincello, Matthieu s’est forgé une réputation d’observateur à la fois passionné et grinçant. C’est un mordu de l’Impact qui a découvert l’équipe il y a quelques années.

« Quand l’Impact est entré en MLS en 2012, on a commencé à en faire mention de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais juste à en faire mention, pas non plus en parler. Ça m’a mis la puce à l’oreille et l’année suivante, ma compagne de l’époque projetait d’aller six mois à Montréal pour finir ses études. J’ai commencé à suivre les matchs au début de la saison en 2013. »

Lié au club

C’est en passant deux mois à Montréal au cours de l’été 2013 que Matthieu s’est vraiment lié au club.

« Je suis originaire de Rennes et j’ai suivi le Stade rennais pendant mes jeunes années, mais c’est un club qui est condamné à être mauvais.

« J’ai été observateur non partisan supporter jusqu’à ma découverte de l’Impact et donc de tout ce qui l’entoure. Une petite communauté soudée et grandissante, de la passion sur et hors du terrain, une envie de gravir les échelons et une étonnante capacité à l’imprévisibilité. »

Et l’auteur de ces lignes, qui a eu l’occasion de siffler quelques bières avec le personnage à Washington en 2016, peut confirmer sa passion pour le Bleu-blanc-noir.

Abracadabrante

La passion de Matthieu pour l’Impact est telle qu’il a vécu plusieurs aventures abracadabrantes pour la nourrir.

Il était notamment au stade olympique pour assister au but mémorable de Cameron Porter contre Pachuca en quart de finale de la Ligue des champions.

Il a même poussé le bouchon jusqu’à lancer une campagne de sociofinancement qui lui a permis d’assister au match retour de la finale de la Ligue des champions contre le Club America.

« C’était une campagne sans aucun sens », confirme celui qui a d’ordinaire un langage très coloré sur Twitter, ce qui déride tous les partisans qui sont souvent à fleur de peau.

Depuis, il s’est tapé un road trip avec un ami pour assister à un match au défunt stade RFK de Washington contre D.C. United.

Les rencontres

Si Matthieu est si attaché à l’Impact, c’est beaucoup à cause des gens qu’il a rencontrés dans la vraie vie et sur les réseaux sociaux.

« Il y a tant de belles rencontres. Surtout de belles rencontres. C’est de là que vient l’attachement. C’est ce que permet le foot, mais qui va bien au-delà. C’est comme une famille. »