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Des puits de gaz qui fuient ignorés

Des citoyens mandatés par le gouvernement ont signalé au ministère 38 excavations avec des problèmes

puits abandonnés
Photo Courtoisie Les citoyens chasseurs de puits ont dû creuser pour retrouver la majorité des puits d’hydrocarbures abandonnés. Plus d’une fois, leurs trous se sont remplis d’eau bouillonnante de gaz.

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Un rapport « alarmant » remis au gouvernement il y a deux ans et gardé secret révèle que près de 40 puits pétroliers ou gaziers abandonnés présenteraient des signes de fuites un peu partout dans la province, mais aucuns travaux n’ont été effectués.

En 2015, une vingtaine de citoyens ont parcouru le Québec à la demande du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), à la recherche de 121 des quelque 700 puits pétroliers ou gaziers abandonnés partout au Québec par des entreprises privées depuis 1860.

En février 2016, ils ont remis au MERN un rapport « alarmant », soulignaient-ils. Des 121 puits examinés, « 38 présentent des indices de fuites ou de problèmes », indique le document.

Le travail des citoyens devait permettre d’« accélérer la cadence des inspections dans le cadre d’une démarche transparente et structurée », avait déclaré l’ex-ministre de l’Énergie, Pierre Arcand.

Mais, deux ans après le dépôt du rapport, les inspecteurs du MERN ont vérifié 16 des 38 puits signalés et ont jugé qu’« aucun ne nécessitait de travaux urgents », indique au Journal le porte-parole du ministère, Nicolas Bégin.

Sifflement de gaz

Il affirme que les constats des citoyens « n’étaient pas appuyés par des mesures officielles avec un détecteur de gaz, des documents et photos ». Or, leur rapport qu’a consulté Le Journal contient bel et bien ces données.

À Trois-Rivières, les citoyens ont par exemple constaté de l’« iridescence », signe d’une fuite d’hydrocarbure, sur un ruisseau en bordure d’un puits. En creusant pour dégager un autre puits, ils ont été stoppés par « un sifflement, comme une fuite de gaz ».

À Bécancour, un propriétaire sans expertise avait branché sa maison sur un vieux puits pour se chauffer. Et à Saint-Denis-sur-Richelieu, un agriculteur avait arraché 15 pieds de tuyau provenant d’un puits sans le savoir, car il le dérangeait sur son champ.

Les auteurs du rapport sont des citoyens recrutés par l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et le Collectif Moratoire Alternatives Vigilance Intervention.

En novembre 2014, les deux organismes ont signé une entente avec le MERN pour « situer précisément et inspecter tous les puits inactifs des basses terres du Saint-Laurent », en trois ans.

Citoyens muselés

Mais le MERN a mis un terme au contrat en février 2016, moins d’un an après le début des inspections, et contraint les citoyens au silence par une entente de confidentialité.

« Le MERN voulait nous faire taire. C’était une manœuvre politique pour calmer l’opinion publique », dénonce un des citoyens sous le couvert de l’anonymat.

Leur rapport n’a jamais été publié, malgré les demandes des partis d’opposition et des environnementalistes. Greenpeace a finalement obtenu le document par une source et en a remis copie au Journal.

« Ce rapport est essentiel à la compréhension de l’état des puits abandonnés au Québec, estime Patrick Bonin, de Greenpeace. C’est une question de santé et de sécurité de la population, et de protection de l’environnement. »

Le rapport en chiffres 121 puits examinés

  • 108 ont fait l’objet d’une visite de recherche de localisation sur le terrain
  • 38 puits présentaient des signes de fuites de différentes ampleurs
  • 95 n’étaient pas identifiés adéquatement par une pancarte
  • 4 régions couvertes : le Centre-du-Québec, la Montérégie, Chaudière-Appalaches et la Mauricie