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Et toi, tu aurais fait quoi?

Et toi, tu aurais fait quoi?
Photo Catherine Bouchard

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C’est facile.

C’est facile en maudit d’insulter et de souhaiter la mort d’une personne et de sa famille sur la place publique. C’est facile pas mal de crier que l’univers au grand complet a failli à sa tâche de protéger un enfant, pis d’accuser un système d’être pourri. C’est facile, de dire que personne n’a rien vu venir, pis que tout le monde aurait dû en faire plus.

C’est assez simple, quand une situation, que dis-je un drame, est assez gros, évident, surligné en jaune fluo, de se poser en grand porte-parole de la vertu collective. Surtout quand, de toute évidence, c’est une personne démunie, perdue dans un monde tout autant démuni qu’elle, qui aurait créé le drame.

Mais quand tu publies ton commentaire, toi, prends-tu le temps de réfléchir à comment tu aurais réagi, pour éviter qu’un enfant vive un tel supplice?

Si ça avait été toi, la personne qui a vu une poussette traîner sur le bord du parc, dis-moi, aurais-tu continué ton chemin en sacrant après les voisins qui se ramassent pas? Aurais-tu chialé contre la fille d’untel qui sait pas comment élever son enfant, pis qu’a peut ben avoir l’air d’la chienne à Jacques, avec sa musique de débile dans les oreilles? Aurais-tu appelé la police?

Si tu avais été de l’entourage de la petite, aurais-tu essayé d’aider sa mère? Parce qu’elle a ben beau être une fille a problèmes, ça reste un membre de ta famille? Aurais-tu fermé les yeux sur ses fréquentations? Aurais-tu préféré mettre en péril la relation que tu maintiens de peine et de misère avec une personne que tu aimes, en appelant la police ou la DPJ? Aurais-tu choisi de risquer de briser une proche en morceaux en entamant des démarches pour lui faire retirer la garde de son enfant? T’aurais fait quoi à leur place, toi?

Si tu avais été un intervenant de la DPJ, t’aurais fait quoi, avec tes moyens? Tu te serais battu, malgré les lois qui protègent souvent les parents coute que coute? Tu serais allé contre les normes et les procédures, tu aurais risqué ton emploi pour sauver un enfant? Pis si tu étais un intervenant de la DPJ, le ferais-tu à chaque fois que tu vois un bébé qui vit de la violence? Ou tu le laisserais, impuissant, dans les bras de son tortionnaire, en souhaitant qu’il finisse pas tout croche à six ans? Pourquoi tu aurais choisi elle, plutôt qu’un autre?

On va pousser la réflexion plus loin, ok?

Quand tu croises un toxicomane dans la rue, te demandes-tu ce qui l’a amené là? Ou tu le traites comme un déchet de la société? Donnes-tu deux piasses aux quêteux ou t’as ben trop peur qu’ils prennent ton précieux argent pour aller se paqueter la fraise?

Quand tu vois une situation d’abus, tu fais quoi? Es-tu déjà intervenu, quand tu voyais un parent ramasser un enfant violemment? Ou tu passes à coté en pressant le pas?

Quand tu lis les nouvelles, pis qu’on parle d’une femme qui a secoué son bébé, tu te dis quoi? Que y'a du monde qui devrait pas avoir d’enfant, ou qu’on devrait tellement s’assurer que les services sont accessibles à toujours plus de monde? Qu’on doit démocratiser la détresse, parler de santé mentale, démystifier les premiers mois de la vie avec un enfant? Es-tu attentif à ton voisin et à son désespoir? Au quotidien, la verrais-tu la détresse, si elle te sautait aux yeux?

Quand tu entends parler d’une personne qui fait un burnout familial, tu réagis comment? En riant parce que les parents d’aujourd’hui sont des p’tites natures? Ou en lui offrant ton soutien? En lui disant que t’as assez de ta vie à gérer, pis qu’il faut qu’elle arrête de s’apitoyer sur son sort?

Penses-y.

Depuis mercredi matin, la question que je me pose le plus, c’est pas à qui est la faute.

Non, c’est comment, en tant que société, on aurait pu empêcher tout cela d’arriver.  

Des petits bébés torturés, yen a à la pelletée, mais nous, les bien-pensants défenseurs de la vertu collective, on choisit trop souvent d’avancer plus vite, quand on passe à côté, pis de souhaiter ben fort qu’ils finissent pas dans les vidanges.

Parce que c’est plus facile, de crier au scandale après coup que de risquer de crier au loup en voulant bien faire.