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Quand l'horreur se vit en direct à la radio

Quand l'horreur se vit en direct à la radio
Catherine Bouchard

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On ne sera jamais préparé à un drame comme celui de Rosalie.

Les animateurs et animatrices qui ont commencé leur émission mercredi à 14 h ne savaient pas qu’ils allaient vivre une des journées les plus marquantes de leur carrière.

Dans 30 ans, tous ceux qui étaient en ondes en ce dramatique mercredi après-midi se souviendront exactement de qui était autour de la table, du fil des événements, mais surtout du moment de l’annonce de la découverte du corps de celle que l’on identifie maintenant que par son prénom, la petite Rosalie.

Juste un prénom. Comme on identifierait la fillette de notre frère, de notre sœur ou du voisin.

Audrey Gagnon, la mère de Rosalie, la fillette retrouvée morte à Québec, est transportée de la centrale de police du Parc Victoria de Québec vers le palais de justice de Québec, le jeudi 19 avril 2018.
Photo Stevens LeBlanc
Audrey Gagnon, la mère de Rosalie, la fillette retrouvée morte à Québec, est transportée de la centrale de police du Parc Victoria de Québec vers le palais de justice de Québec, le jeudi 19 avril 2018.

Ce que l’histoire de mercredi a de particulier, outre son horreur, c’est la vitesse à laquelle elle s’est développée.

Tout le monde a commencé l’émission à 14 h, la découverte de la poussette a été rapportée aux médias vers 14 h 30.

Toutes les équipes en ondes ont relayé les informations tout d’abord avec la distance que le métier exige.

Rosalie Gagnon, 2 ans
Photo courtoisie
Rosalie Gagnon, 2 ans

On annonçait ensuite que l’on avait retracé la mère sans sa fillette une heure plus tard.

On se doutait dès lors que cela finirait probablement très mal.

Puis, on a annoncé la découverte du corps de la petite Rosalie vers 16 h 30.

En furetant d’une station à l’autre, pour tenter d’obtenir le moindre détail supplémentaire, j’ai surtout constaté jusqu’à quel point tout le monde était abattu, dévasté (on le serait à moins) par l’annonce de la découverte du corps inerte de la fillette de deux ans.

Le fait que le tout se soit déroulé en deux heures à peine, entre le début et la fin des émissions de retour à la maison, a eu un impact comme on en voit rarement.

Habituellement, lors de la préparation d’une émission, on choisit de parler ou non d’un sujet, selon ce qu’il nous inspire.

Lorsque l’on en retient un, on décide de ce qu’on va en dire, ce que l’on appelle «l’angle de traitement» dans le métier.

Une maman de Québec, qui ne connaît pas la petite victime mais est ébranlée par le drame, a voulu qu'un hommage soit rendu à la petite Rosalie à l'endroit où son corps a été découvert par les policiers mercredi après-midi.
Photo courtoisie
Une maman de Québec, qui ne connaît pas la petite victime mais est ébranlée par le drame, a voulu qu'un hommage soit rendu à la petite Rosalie à l'endroit où son corps a été découvert par les policiers mercredi après-midi.

Et si le sujet nous rend inconfortable, comme c’est souvent le cas lorsqu’un drame touche des enfants qui ont l’âge des nôtres, on peut même décider de ne pas en parler, ou de le faire brièvement si on a peur de perdre le contrôle.

On peut placer «un mur» entre nous et un sujet si on le désire.

Mercredi, il n’y avait pas d’issue pour les animateurs et animatrices en ondes au retour à la maison. Impossible de prendre de la distance, de choisir une perspective.

Pas de façon de désamorcer la situation, de masquer l’horreur.

Tout juste la force de contrôler la colère ou la frustration.

On réagit à chaud et on va en ondes avec nos tripes avec chaque nouvelle information qui nous est transmise.

Les auditeurs nous demandent parfois si vivre des histoires comme celles-là en direct nous donne une poussée d’adrénaline particulière et si d’informer le public en pareilles circonstances nous apporte de la satisfaction.

Je dirais que la tristesse infinie que l’on ressent anéantit toute autre sensation. S’il en reste une autre, c’est la nausée.

Imaginez maintenant ce qu’ont vécu les policiers qui ont découvert le corps.