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Éducation à la sexualité, le syndicat a raison

Éducation à la sexualité, le syndicat a raison
Photo Simon Clark

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La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), Josée Scalabrini, a fait réagir mes collègues Martineau et Trudeau en exigeant un report du programme d’éducation à la sexualité. Elle a toutefois raison et son geste dépasse ses obligations de représentation syndicale, car elle assume également des responsabilités sociales.

Les syndicats et leurs représentants ont souvent le mauvais rôle, car ils sont appelés régulièrement à réagir aux décisions des autorités, que ce soit celles des employeurs ou des gouvernements. C’est encore plus vrai quand ils ne sont pas associés aux décisions des dites autorités dans un processus de consultation et qu’ils sont confrontés à l’autoritarisme de ces dernières. C’est ainsi qu’on leur accole la réputation d’empêcheur de tourner en rond et de continuellement chercher à faire obstacle aux projets de l’employeur ou du gouvernement, comme dans le cas ci-dessus mentionné. Pourtant la FSE est d’accord pour que soit instauré un tel programme d’éducation à la sexualité, mais elle considère que les conditions pour le mettre en œuvre immédiatement ne sont pas réunies.

À entendre mes collègues et le ministère de l’Éducation, il semble aussi facile d’implanter un programme d’éducation à la sexualité que de mettre une lettre à la poste. Il me semble que les débats qui ont entouré la question chez nos voisins ontariens devraient inciter à une certaine prudence et faire en sorte que le ministre s’assure de conditions optimales pour l’implantation. Cela, c’est sans compter que l’école est un fourre-tout depuis belle lurette et qu’il y a des limites à ce qu’on peut demander au personnel sans les délester d’autres responsabilités. Après tout, il suffit d’une seule goutte d’eau pour faire déborder le verre.

Le premier responsable de cette résistance des enseignants s’avère le ministre qui fait la sourde oreille aux demandes de rencontres et à la convocation du comité de travail. Occupé à soigner les apparences et à avoir l’air d’agir, le ministre annonce la mise en place de ce programme, sans trop se soucier de la qualité d’exécution, à seule fin de pouvoir faire un crochet supplémentaire dans sa liste d’accomplissements qui nourrira sa campagne électorale. Comme d’habitude, le ministère mettra un peu plus de pression sur les enseignants et pourra même leur imputer les torts d’un échec éventuel. C’est le genre de ritournelle qui ressemble à celle servie sur les échecs de la réforme de 97.

Il va de soi pour beaucoup de monde que l’éducation à la sexualité est une nécessité, cependant il n’est pas certain pour plusieurs personnes qu’elle doit se donner à l’école. En plus de devoir éventuellement gérer des cas d’abus sexuels qui pourraient être révélés par un de leurs élèves, les enseignants seront également confrontés aux résistances et aux interrogations de nombreux parents sur la teneur du programme et leur façon de le dispenser. On comprend rapidement que les enseignants doivent avoir la formation conséquente, le matériel nécessaire et les ressources d’accompagnement pour apaiser les appréhensions de certains parents et pour soutenir des élèves en souffrance.

Dans ma carrière d’enseignant, j’ai vécu les questionnements de parents inquiets lorsque l’enseignement moral avait été mis en place pour les élèves dispensés d’une éducation religieuse. Sans programme si ce n’est que quelques grands objectifs, sans matériel scolaire et avec un groupe multi-niveau, j’ai dû m’expliquer de la teneur d’un cours que j’inventais au fur et à mesure des semaines au meilleur de mes connaissances. Certains parents voulaient connaître les valeurs sur lesquelles se fondait mon enseignement de la morale et j’étais seul à en répondre. J’imagine qu’avec la question délicate de la sexualité, le questionnement sera encore plus insistant et nécessitera des enseignants bien formés pour éviter que l’aventure se transforme en fiasco.

Face à une absence de dialogue et à une imposition unilatérale du programme pour l’an prochain, il est normal que la première réaction soit de demander son report pour effectivement s’assurer de disposer de toutes les conditions pour réussir son implantation et éviter de répéter les erreurs passées. S’il m’arrive de reprocher, de temps à autre, à mes amis syndicaux d’être trop en réaction, de trop faire dans la dénonciation et de manquer de propositions, il faut admettre que dans ce cas-ci, la présidente de la FSE devait se comporter en lanceuse d’alerte et attirer l’attention de la population sur les failles du projet du ministre. Elle a fait plus, elle propose le dialogue pour élaborer les conditions de réussite, elle veut s’assurer que les enseignants auront les outils pour bien faire et surtout compter sur du personnel professionnel aguerri pour accompagner des élèves en détresse.

En fait, la présidente de la FSE assume mieux ses responsabilités à l’égard des jeunes du Québec que le ministre qui veut imposer un projet à toute vapeur pour de simples fins électoralistes.