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Piétons happés à Toronto: «on se rapproche de la thèse d'un désespéré»

Le suspect de la tragédie de Toronto, Alek Minassian.
Linkedin Le suspect de la tragédie de Toronto, Alek Minassian.

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TORONTO – L'attaque au camion-bélier contre des piétons à Toronto lundi après-midi, qui a fait 10 morts et 15 blessés, pourrait avoir été motivée par le terrorisme ou le désespoir, croit un ancien policier.

«Évidemment, on écarte la thèse que quelqu'un a eu un malaise. Ça semblait vraiment intentionnel. On n'écarte pas l'acte terroriste et on n'écarte pas non plus l'acte d'une personne désespérée», a analysé Michel Wilson, un ancien commandant du groupe tactique du Service de police de la Ville de Montréal, en entrevue à TVA Nouvelles.

Selon lui, toutefois, «on se rapproche de la thèse d'un désespéré», compte tenu du fait que des témoins ont raconté que le suspect aurait incité des policiers à l'abattre en pointant ce qui semblait être une arme.

Pour sa part, l'ex-sergent de la Sûreté du Québec Jean-François Brochu croit que «la maladie mentale peut avoir amené cet individu-là à commettre ce geste-là, avec une intention terroriste. Manifestement, de toute façon, ça crée de la terreur».

À l'instar de M. Wilson, M. Brochu estime que le suspect, qui a brandi ce qui pourrait être une arme ou un cellulaire vers un policier, voulait mourir. «Clairement, il voulait être abattu. Il voulait se suicider», a-t-il clamé sur le plateau de Denis Lévesque, à LCN.

«Le policier a pris une chance. En principe, il aurait dû tirer», a aussi commenté M. Brochu, en analysant la scène qui a été captée sur vidéo.

Pas une première

Ce n'est pas la première fois qu'un véhicule-bélier est utilisé pour attaquer des passants, le stratagème ayant notamment été utilisé pour commettre des attentats en Europe.
«Ça devient difficile de contrecarrer ça. On y arrive de plus en plus dans les rassemblements prévus à l'avance, où on essaie de mettre des barricades, mais sur la rue, ne plein centre-ville, c'est plus difficile de protéger tout le monde», a expliqué M. Wilson.

Longue enquête

Selon lui, beaucoup de travail attend les enquêteurs dans les jours à venir. «Il faut rétablir le trajet du véhicule. Il faut aller chercher les infos de tous les témoins. [..] On peut prévoir des perquisitions dans l'avenir également», a détaillé le spécialiste.

«Un aspect très important du travail des policiers, c'est de prendre soin des familles», a ajouté M. Brochu, en parlant des secours à apporter aux victimes, mais aussi de la mise en place de lignes téléphoniques pour diffuser et recevoir de l'information.

«En parallèle, il y a l'enquête avec le suspect. Son interrogatoire, son identification, sa motivation, son état mental, comment il a préparé ça, s'il est seul ou s'il a des complices», a énuméré M. Brochu.

Au moins la dixième attaque au bélier

St-Jean-sur-Richelieu | Le 20 octobre 2014, Martin Couture-Rouleau, 25 ans, happe deux militaires avec son véhicule. L’un d’eux, l’adjudant Patrick Vincent, a succombé à ses blessures. Couture-Rouleau s’était converti à l’islam un an auparavant et était connu des services secrets pour sa sympathie envers les mouvements djihadistes. Couture-Rouleau est abattu quelques minutes après l’attaque.
 
Nice | Le 14 juillet 2016, le soir de la fête nationale, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fonce délibérément sur la promenade des Anglais avec un camion poids lourd qu’il avait loué quelques jours plus tôt. Sa course folle s’arrête presque 2 km plus loin lorsqu’il est abattu par les forces de l’ordre. Le bilan est lourd : 86 morts et plus de 450 blessés.
 
Berlin | Un camion-remorque cause la mort de 12 personnes et en blesse 48 autres dans l’un des plus gros marchés de Noël de la capitale allemande. Le conducteur, Anis Amri, un demandeur d’asile tunisien de 24 ans, est tué quatre jours plus tard en Italie par la police. Il avait prêté allégeance à l’État islamique.
 
Londres | Le 23 mars 2017, un attentat à la voiture bélier, suivi d’une attaque au couteau, fait cinq morts à proximité du parlement. Puis, le 2 juin de la même année, quatre jours avant les élections britanniques, une camionnette fauche plusieurs piétons sur le pont de Londres, faisant huit morts. Les deux événements ont été revendiqués par l’État islamique.
 
Barcelone | Une camionnette a aussi semé la terreur sur Las Ramblas, principale artère touristique de la ville, le 17 août dernier, faisant 16 morts et des dizaines de blessés. Quelques heures plus tard, une voiture bélier tuait une touriste à la station balnéaire de Cambrils.
 
New York | Huit personnes ont perdu la vie le 31 octobre dernier lorsque Sayfullo H. Saipov, un immigrant ouzbek sympathique à l’EI, a roulé à toute vitesse sur une piste cyclable au bord du fleuve Hudson. 
 
Edmonton | Le premier octobre dernier, un drame semblable a été évité. Au volant de sa voiture, Abdulahi Hasan Sharif, un réfugié somalien, a fait cinq blessés avant d’être neutralisé, puis arrêté par la police. Il a formellement été accusé de tentative de meurtre. Un drapeau de l’État islamique a été retrouvé dans son véhicule.
 
► D’autres attentats à la voiture ou au camion bélier ont eu lieu à Jérusalem, à Melbourne, ailleurs en France et en Allemagne dans les dernières années.