/misc
Navigation

Les «numéros deux»

Véronique Bergeron, complice de Denis Gravel dans le retour à la maison de Radio X est un des rares exemples d’une co-animatrice qui ne laisse à peu près rien passer de ce qui ne lui convient pas.
Photo courtoisie Véronique Bergeron, complice de Denis Gravel dans le retour à la maison de Radio X est un des rares exemples d’une co-animatrice qui ne laisse à peu près rien passer de ce qui ne lui convient pas.

Coup d'oeil sur cet article

Suggestion d’un collègue du Journal: «L’importance (ou pas) des numéros deux qui sont au-delà des “yes man”. L’art difficile de reprendre ton animateur(trice) contre son gré.»

C’est un piège, je le sais.

Réglons une chose tout de suite: l’égalité en ondes n’existe pas. Les duos qui fonctionnent bien sont presque toujours une combinaison de personnalités différentes et complémentaires plutôt que semblables. Habituellement, l’un est actif, l’autre réactif.

Trouver un duo fonctionnel est plus complexe qu’il n’y paraît.

La chimie radiophonique est une science très approximative et qui implique que l’on essaie de créer une recette avec des ingrédients dangereux à mélanger comme l’ego, la différence de salaire, l’écoute de l’autre, la capacité à accepter la critique, les valeurs personnelles et l’ardeur au travail.

Tout le monde s’entend sur les ingrédients, personne sur le dosage.

Le problème, c’est qu’en général, le numéro un a droit de vie et de mort sur le numéro deux. Ça rend plus périlleuse pour le numéro deux la mission de faire un commentaire négatif (bon, OK, «constructif») à la volée pendant l’émission.

Il s’agit généralement de petits commentaires, ceux où l’on hésite entre risquer un froid momentané pour une broutille, ou se taire et préserver le bon climat en ondes en espérant que quelqu’un d’autre le fasse.

Par exemple, si VOUS étiez assis(e) devant Sylvain Bouchard lundi dernier, auriez-vous OSÉ lui dire, pendant la première pause commerciale à 5h45 «Sylvain! Y’a pas d’accent aigu dans le mot “dehors”, pis tu l’as dit cinq fois dans les 10 premières minutes»?

Vrai que vous l’auriez sans doute dit avec plus de finesse que moi.

Et si vous faisiez partie de l’équipe de Jeff Fillion, oseriez-vous lui dire «heille, boss! T’as développé une béquille langagière. Pour compléter tes idées, tu dis toujours “pis çi, pis ça” ou “pis c’est ci, pis c’est ça”. C’est gossant»? Mais comme ils sont une gang autour de la table pendant 2 heures 30 chaque jour et qu’ils écoutent attentivement, cela a sûrement été dit, pour le bien de l’émission.

Et si vous étiez co-animateur(trice) d’Éric Duhaime, auriez-vous le courage de lui dire «tsé, t’es pas obligé de CRIER quand t’es en ondes; je suis assis face à toi, pis y’a un bouton “volume” sur la plupart des radios, de nos jours»? Ça peut être long, une émission, quand on fait un commentaire qui est mal reçu.

En un mot comme en mille, aucun de mes trois exemples n’est facile à appliquer parce que la critique face à face n’est pas dans notre ADN.

Cela paralyse souvent le co-animateur qui va choisir ses combats et n’intervenir qu’en cas extrême.

Pourtant, certains y parviennent.

Véronique Bergeron, complice de Denis Gravel dans le retour à la maison de Radio X est un des rares exemples d’une co-animatrice qui ne laisse à peu près rien passer de ce qui ne lui convient pas. Mais cela implique aussi que l’animateur reçoive le commentaire et ne s’en formalise pas. Le but ultime doit toujours être d’avoir la meilleure émission possible.

Dans un métier où l’on a l’épiderme sensible comme à la radio, peu d’animateurs et d'animatrices savent recevoir la critique, quoi qu’ils en disent.

On dit parfois que les duos à la radio finissent par fonctionner comme un couple.

La longévité dépend souvent de l’aménagement que l’on fait de la zone grise.