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Maudit que les poètes font pitié !

ART-FESTIVAL LITTÉRATURE
Photo TOMA ICZKOVITS

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Vous savez peut-être que le Québec possède des « studios » dans différents coins de la planète pour que nos artistes méritants aillent se ressourcer et créer en paix: Rome, Londres, New York, Paris... 

(Bizarrement, ces studios ne sont jamais dans des endroits paumés, plates ou frigorifiés.)

Sur le principe, je n’ai pas de problème. Mais le jour où j’ai entendu l’histoire d’un artiste qui avait passé le studio à sa conjointe pendant qu’il allait gagner sa vie ailleurs, j’ai été moins enthousiaste.

Récemment dans La Presse, le poète Jean-Paul Daoust était interviewé par la chroniqueuse Chantal Lamarre, au sujet de son amour de la mode. « S’habiller pour réussir son entrée est devenu une seconde nature. Il se remémore quelques excès commis pour assouvir sa quête de vivre sa vie comme une œuvre d’art», nous dit Madame Lamarre.

Et voici ce que raconte le poète Daoust... « J’ai fait des folies : à New York, j’ai eu droit au Studio du Québec sur la rue Wooster, l’argent de ma bourse a disparu vite, vite, et au bout d’un mois, j’avais pu une cenne. Avant de revenir à Montréal, j’ai vu, dans une boutique de SoHo, un veston bleu, un bleu Fatima miraculeux avec de la paille sur le revers, qui valait 2400 $US. Je suis rentré au Québec avec le veston que j’ai mis pour une lecture de poésie où je déclarai en ouverture : “Je suis revenu de New York sur la paille !”

Je suis allée sur le site du conseil des arts et lettres du Québec, qui donne ces fameuses bourses pour le studio du Québec à New York.

« La durée du séjour est de six mois : de janvier à juin ou de juillet à décembre 2019. Le montant de la bourse est de 19 450 $. L’appartement offert aux créateurs a une superficie de 140 mètres carrés. Il comprend deux chambres et est entièrement meublé. Cet appartement, acquis en 1992 par le gouvernement du Québec, constitue indubitablement une des antennes les plus prestigieuses du Québec à l’étranger. »

Que Monsieur Daoust trouve drôle de flamber en un mois l’argent du gouvernement, une bourse qui lui a été donnée pour créer, c’est une chose. Il peut s’en amuser avec ses amis autour d’une bonne bouteille de vin. Mais qu’il s’en vante publiquement, sans le moindre égard pour les petits épargnants qui n’auront jamais les moyens d’aller à New York de leur vie, c’est ordinaire.

Quand on parle de financement des arts au Québec et au Canada, il y a toujours des artistes pour affirmer qu’ « on fait donc pitié », qu’ « on crève de faim », qu’ « on est exsangue ».

La moindre des choses serait que ceux qui bénéficient des largesses de l’État se gardent ‘une petite gêne’.

Voici les 5 objectifs établis par le CALQ pour justifier la présence d’un artiste québécois dans son studio à New York:

  • « Soutenir et stimuler les créateurs en mettant à leur disposition un environnement et des moyens appropriés à la réalisation et à la diffusion de leurs œuvres.
  • Favoriser le ressourcement des artistes et des écrivains en leur donnant accès à un milieu culturel nouveau et stimulant.
  • Permettre l’échange de points de vue artistiques ou littéraires et contribuer à l’établissement de liens durables entre les créateurs du Québec et ceux de l’étranger.
  • Promouvoir le travail et le développement de la carrière des artistes québécois à l’étranger.
  • Développer de nouveaux réseaux de création, de production et de diffusion artistiques.

Jean-Paul Daoust est bel et bien revenu de New York avec une œuvre en poche, 111 Wooster Street. Mais je me demande pourquoi il trouve hilarant de raconter qu’il a flambé le fric de sa bourse et se bidonne de dépenser 2400$ pour une veste colorée.

Pour les contribuables qui financent à même leurs impôts des séjours « ressourçants » à New York pour des poètes qui tirent supposément le diable par la queue, c’est un peu difficile à avaler.

Daoust peut bien faire ce qu’il veut avec l’argent de sa bourse, y incluant "vivre sa vie comme une oeuvre d'art". Mais il me semble qu’à sa place, je ne m’en pèterais pas les bretelles. Même des bretelles colorées, de designer.

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