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L'autoroute de la discorde

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Il n’aura fallu que 72 heures pour que soit éclipsée la 1ère Politique de mobilité durable du gouvernement du Québec. L’annonce du prolongement de l’autoroute 19 sur la rive-nord opère un virage à contre-sens, loin des objectifs et cibles ambitieuses dévoilés en grande pompe le 17 avril dernier. Pour Montréal, c’est l’histoire qui se répète : un projet autoroutier au détriment des quartiers habités.

 

Des devoirs à faire pour un boulevard urbain viable

L’équipe de Projet Montréal s’est toujours opposée à ce parachèvement de l'A-19 en mode autoroutier. Tant dans l’opposition sous l’administration Coderre qu’en formant la nouvelle administration, ils ont plaidé en faveur d’un boulevard urbain. Lors de la dernière campagne électorale, tous les candidats pressentis, tous partis confondus, militaient pour une infrastructure de transport à échelle humaine. Les citoyens et la communauté ont aussi mis sur pied la Coalition pour un boulevard Papineau. Une pétition de plus 10 800 signatures a d’ailleurs été remise l’automne dernier à la députée de Crémazie et ministre de la Culture et des Communications, Mme Marie Montpetit. Et récemment, lors du budget provincial, la mairesse Plante rappelait que Montréal ne voulait pas de ce projet sous sa forme autoroutière.

Dans son rapport de 2015 sur le Projet de parachèvement de l’autoroute 19 avec voies réservées au transport collectif à Laval et à Bois-des-Filion, le Bureau d’audiences publiques en environnement(BAPE) recommandait d’étudier de manière approfondie les scénarios de boulevard urbain pour faciliter l’insertion dans les milieux et le développement durable. Je cite : « La commission d’enquête du BAPE conclut qu’une amélioration du lien routier entre les autoroutes 440 et 640 sur l’axe de l’autoroute 19 et la route 335 est justifiée. La commission estime, toutefois, qu’une analyse comparative plus approfondie est requise entre les scénarios d’autoroute à deux voies et de boulevard urbain, y compris celui avec carrefours plans et échangeurs. Cette analyse devrait être réalisée avant que le ministère des Transports du Québec ne retienne une option définitive.» Il y a donc des options qui permettraient une cohérence avec le virage attendu en faveur de la mobilité. Quoi que que le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports en dise, il y a des devoirs qui doivent être faits.

Car au final, on se retrouve dans une situation où la solution perçue comme étant la meilleure (parachèvement) par les gens de la rive-nord pour régler leur enjeu de congestion devient le problème des citoyens de Montréal au plan du transport et de la sécurité. Tendre la main serait certainement plus profitable pour une solution de mobilité durable aux retombées collectives et à long terme.

La région métropolitaine mérite de voir grand

Personne dans les officines gouvernementales ne peut prétendre l’ignorance ni feindre la surprise sur les récriminations de la métropole et des citoyens. Nul n’est dupe. L’agenda électoral dicte davantage ce chantier que la planification cohérente avec les objectifs de mobilité durable. À ce jeu toutefois, on est en droit d’attendre de l’administration Plante qu’elle tente de jouer la partie pour changer la trajectoire du projet annoncé.

L’enjeu est de taille. Ce parachèvement aura un effet irréversible sur le territoire et la planification de la mobilité dans la région métropolitaine. Il accaparera des deniers publics pour l’expansion du réseau autoroutier lorsque le gouvernement reconnaît lui-même le défi du financement des infrastructures de transport. Il aura des impacts directs sur la population des quartiers denses qui recevront plusieurs dizaines de milliers de véhicules dans des milieux habités. À juste titre, les citoyens rappellent « qu’Ahuntsic-Cartierville, Villeray et Rosemont trônent au sommet du palmarès montréalais pour le nombre de victimes d’accidents de la route, la très grande majorité de ces accidents se produisant dans les axes nord-sud qui reçoivent soir et matin un fort volume de circulation ». Enfin, sans changement, ce projet sera aussi source de discorde plutôt que de ralliement à l’échelle métropolitaine.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et ses 82 municipalités est présidée par Mme Plante. Il y a là belle occasion de rallier d’autres maires et élus pour une vision du 21e siècle et d’intercéder dans le projet avant qu’il ne soit trop tard. Les Montréalais ont encore le douloureux souvenir de la réfection de Turcot, infrastructure parachutée et passéiste. La région métropolitaine mérite un projet phare de mobilité durable plutôt que de rejouer dans ce mauvais film de la discorde.