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Les dinosaures

Le bonnet d’âne revient à l’Assemblée nationale et à son président, Jacques Chagnon.
Photo d'archives Le bonnet d’âne revient à l’Assemblée nationale et à son président, Jacques Chagnon.

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Au cours de la dernière semaine, les artisans du Journal vous ont fait le récit des obstacles qu’ils rencontrent lorsqu’ils tentent de vous informer sur la manière dont vos impôts sont dépensés.

Agents d’information qui se braquent par défaut devant les questions des journalistes ; approbations dilatoires exigées en très haut lieu ; refus injustifiés : tout y passe dans la volonté des gouvernements, tant québécois que canadien, de se soustraire à leur devoir d’imputabilité.

Philippe Couillard avait promis de diriger le gouvernement le plus transparent de l’histoire. Justin Trudeau s’engageait à faire briller le soleil sous la chape de plomb que Stephen Harper avait jeté sur l’appareil fédéral. Pourtant, rien n’a changé.

En cette ère de l’information, alors que la technologie et la multiplication des plateformes permettaient d’espérer un nouvel éclairage sur les administrations, les données ouvertes qu’on promet de rendre disponibles servent plutôt d’alibis pour ne pas dévoiler ce qui compte vraiment.

Le bonnet d’âne

Comme si les hordes barbares étaient aux portes, les dinosaures qui ont la charge de gérer l’information gouvernementale assument que leur travail se résume à faire en sorte que la machine communique le moins possible. Au temps de l’hypertransparence, lorsqu’on parlera de vous en ligne même si vous ne participez pas à la conversation, cette attitude délétère mine la crédibilité et même la légitimité des organisations publiques.

Le bonnet d’âne revient à l’Assemblée nationale et à son président, Jacques Chagnon. Celui-ci n’a de cesse de défendre les privilèges de ses membres, tout en réclamant de très vastes pouvoirs quant à sa gouvernance interne, mais en se refusant à toute reddition de comptes. Le tout pour l’institution qui a pour mission de créer les lois.

Ne pas comprendre que de se placer dans un tel quadrilatère de prétentions discréditerait n’importe quelle organisation témoigne d’un profond divorce avec la réalité contemporaine. Des parlementaires de tous les partis politiques ont fini par larguer le président Chagnon. Ils ont l’intention de se représenter, eux.

Le Québec précurseur

Notre dossier de cette semaine fait la démonstration, une nouvelle fois si c’était nécessaire, que les politiciens ne changent leurs comportements que lorsque l’on jette la lumière sur les mauvaises pratiques. Dans un tel contexte, il ne faut donc pas s’étonner et il faut continuer de s’inquiéter que l’accès à l’information rétrecisse comme peau de chagrin et que toutes les promesses de réformes restent lettre morte.

Certes, ne viendra pas le jour où les citoyens-contribuables manifesteront pour exiger que les lois d’accès à l’information soient mises à jour ou, à tout le moins, respectées. N’empêche que ceux qui se soucient de la santé de nos démocraties auraient tort de n’y voir que la revendication de quelques journalistes qui veulent améliorer leurs conditions de travail.

Le Québec est devenu en 1982 l’une des premières juridictions au monde à se doter d’une loi d’accès à l’information. C’était une grande fierté pour l’ancien scribe qu’était René Lévesque. Il considérait que c’était là une de ses réformes les plus importantes. Le Canada a imité le Québec l’année suivante.

De précurseur qu’il était, il est triste que le Québec soit devenu un cancre. Pour restaurer la dignité de nos institutions, il nous appartient d’exiger que cela change.

Il faut montrer la voie. Une nouvelle fois.