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Veiller à la crédibilité

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Les concours télévisés et les galas sont parmi les émissions les plus écoutées de la planète. Vivre le suspense d’un vote auquel on a contribué, croiser les doigts alors qu’une enveloppe s’apprête à révéler un gagnant, c’est un thrill qui assure une écoute en direct bien précieuse. Mais encore faut-il être certain que notre vote compte vraiment et que l’issue du concours n’est pas arrangée avec le gars des vues. C’est pour cette raison que ces grands rassemblements télévisuels font appel à des firmes comptables indépendantes qui veillent à leur crédibilité. Alors que se joue l’avenir de chanteurs de talent à La Voix, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur le métier d’expert-comptable pour les concours télévisés.

S’assurer du bon fonctionnement d’un vote, ça se prépare. Bernard Grandmont est associé chez Raymond Chabot Grant Thornton. Il est régulièrement demandé pour veiller au bon fonctionnement d’une émission nécessitant un vote. Le banquier, La Voix, Occupation double, Danser pour gagner, les galas de l’Adisq et Artis ont notamment fait appel à l’expertise de son équipe. Son travail nécessite beaucoup de précautions.

« Une émission dont la résultante entraîne une récompense substantielle prend généralement­­­ quelqu’un d’indépendant et d’impartial pour s’assurer que tout soit fait dans les règles de l’art, explique M. Grandmont. On rencontre les responsables des différentes instances impliquées : les fournisseurs web, SMS et de téléphonie. Tout est minutieusement contrôlé pour qu’il n’y ait aucune faille informatique, pour veiller à l’étanchéité de chaque plateforme, pour qu’il n’y ait aucune intrusion possible. Notre travail est rigoureux pour assurer les paramètres de sécurité. »

Bernard Grandmont
photo Raymond Chabot Grant Thorn
Bernard Grandmont

Simulations

Lors d’une émission comme La Voix, par exemple, la firme comptable responsable fait des simulations à toutes les étapes (en éliminant ces votes évidemment) pour éviter que des téléspectateurs accusent un mauvais fonctionnement. « Les spectateurs ne voient que l’enveloppe, mais il y a tout un protocole en amont, affirme M. Grandmont. Quand l’animateur annonce que le vote est ouvert, on donne automatiquement le go à toutes les plateformes. Le vote est coupé à la seconde où la fermeture a été annoncée. Un document est signé entre la firme et le producteur pour entériner le résultat. Peu de gens connaissent le gagnant avant le dévoilement. »

Au cours d’un gala, l’équipe de vérificateurs compile minutieusement les votes et s’assure du plein contrôle des enveloppes jusqu’à leur remise aux présentateurs. « Je porte généralement la fameuse valise qui contient les enveloppes. On en garde un double sous écrous au bureau au cas où je me fasse enlever, dit-il en rigolant. Seuls 2 ou 3 membres de l’équipe connaissent les gagnants. Je ne les connais pas moi-même, comme je croise plusieurs des nommés. » On évite ainsi toute confusion possible et l’impartialité est toujours gardée.

10 émissions qui misent sur le vote

La Voix

<i>La Voix</i>
photo AGENCE QMI, JOEL LEMAY
La Voix

À partir des quarts de finale, on demande au public de se joindre aux coachs pour décider du sort des candidats de ce grand succès télévisuel. À la finale, c’est le public qui a l’entière responsabilité d’élire la nouvelle Voix du Québec. Le vote peut être très serré. Rappelez-vous les demi-finales en 2016 : Travis avait obtenu 51 % des votes du public contre 49 % pour Geneviève Leclerc.

Le gala Artis

<i>Le gala Artis</i>
photo d’archives agence QMI, dario ayala
Le gala Artis

Le gala Artis, c’est LE gala du public. À une certaine époque, le public était appelé à remplir des formulaires de vote auprès de commanditaires participants. Ces derniers temps, c’est à la firme Léger marketing qu’on a demandé de sonder 8000 Québécois francophones afin de déterminer qui aura le droit à sa statuette dorée. Chaque étape des sondages est supervisée jusqu’au dévoilement des fameuses enveloppes récompensant les artistes chouchous.

Star Académie

<i>Star Académie</i>
photo d’archives agence QMI, Joel lemay
Star Académie

Avant La Voix, il y a eu Star Académie, cet autre rendez-vous dominical qui réunissait les familles dans les salons. Chaque semaine, des milliers de Québécois prenaient le téléphone pour voter pour le candidat qu’ils voulaient sauver.

Occupation double

<i>Occupation double</i>
photo d’archives agence QMI, SÉBASTIEN ST-JEAN
Occupation double

Le populaire dating show a fait couler beaucoup d’encre grâce à ses participants hauts en couleur. À la fin de la série, le vote oscillait entre deux couples. La firme Raymond Chabot Grant Thornton a supervisé ce vote contesté par la suite puisque le couple gagnant n’est plus. Mais les chiffres ne mentent pas, eux !

Le Banquier

<i>Le Banquier</i>
photo d’archives FRÉDÉRIC AUCLAIR
Le Banquier

La firme Raymond Chabot Grand Thornton était non seulement responsable de mettre chaque montant dans les 26 valises, mais elle était aussi responsable de veiller, tels de vrais gardes du corps, sur l’immense coffre en bois sur roues qui contenait les valises. Ils étaient ensuite responsables de surveiller en coulisse les beautés et les artistes qui tenaient chacune d’entre elles. Jamais une valise ne devait être ouverte avant que le participant le décide, sans quoi la partie aurait dû être recommencée depuis le début. Pas la peine de vous dire que l’une des craintes de la production était que quelqu’un fasse tomber une valise en faisant une fausse manœuvre dans l’étroit décor !

La poule aux œufs d’or

<i>La poule aux œufs d’or</i>
photo courtoisie
La poule aux œufs d’or

Depuis 1993, la poule a fait son nid à TVA ! En collaboration avec Loto-Québec, c’est la firme Deloitte qui veille à ce que chaque enveloppe soit bien disposée dans le décor de Guy Mongrain.

Le gala des prix Gémeaux

Le gala des prix Gémeaux ne fait pas exception ; il implique une firme comptable responsable, entre autres, de la gestion des enveloppes contenant le nom des gagnants lors de la cérémonie. S’il y a eu cafouillage aux Oscars en 2017, notre incident équivalent a eu lieu en 1997. Eh oui, une mauvaise enveloppe s’est retrouvée entre les mains d’un présentateur et un réalisateur a été récompensé à tort ! Il a fait son remerciement sur scène et ce n’est que plus tard qu’il a su qu’il n’était pas le réel lauréat du trophée !

L’Adisq

Chaque année, l’Adisq fait appel au public pour voter dans 4 des catégories soit Chanson populaire de l’année, Groupe ou duo de l’année, Interprète masculin et Interprète féminine de l’année. Le gala n’a alors d’autre choix que de faire appel à une firme pour comptabiliser ces votes.

Les Oscars

Le fameux incident des Oscars en 2017 restera gravé dans nos mémoires longtemps. À cause de la firme Pricewaterhouse Cooper (PwC), les présentateurs ont reçu la mauvaise enveloppe et ont décerné le prix du meilleur film à La La Land au lieu du film Moonlight. Comme la firme collaborait avec la cérémonie annuelle depuis 83 ans, elle a eu droit à une seconde chance et a réobtenu le mandat de superviser les enveloppes l’année suivante. De nouvelles procédures ont cependant été mises en place pour que ça ne se reproduise plus ! Par exemple, les employés de PwC n’ont pas eu le droit d’utiliser les cellulaires ni les médias sociaux pendant la cérémonie.

Miss Univers

<i>Miss Univers</i>
photo d’archives afp
Miss Univers

Le prestigieux concours Miss Univers fait lui aussi appel à une firme, Ernst & Young. En 2015, il y a aussi eu cafouillage, mais EY n’en a pas été responsable. En effet, c’est l’animateur de la soirée, Steve Harvey, qui a couronné la mauvaise Miss (il avait nommé Miss Colombia au lieu de Miss Philippines). Si la firme ne s’est pas trompée dans ses enveloppes, on peut s’interroger sur sa façon assez mélangeante d’écrire le résultat sur le carton.